Parmi les plantes récoltées nous citerons : Sisymbrium coronopifolium var. ceratophyllum, Enarthrocarpus clavatus (des Hauts-Plateaux chauds et du Sahara en Algérie), Astragalus Gombo (Hauts-plateaux chauds et Sahara en Algérie, commun en Tunisie où il remonte jusque vers Kairouan), Muricaria prostrata (Hauts-Plateaux et lisière du Sahara en Algérie), Trigonella stellata (Sahara algérien), Neurada procumbens (Sahara en Algérie ; en Tunisie il remonte jusque vers Kairouan), Paronychia longiseta (des parties chaudes des Hauts-Plateaux et du Sahara en Algérie), Nolletia chrysocomoides (Sahara en Algérie), Asteriscus pygmæus (Sahara en Algérie), Cyrtolepis Alexandrina (Sahara en Algérie), Centaurea dimorpha (parties chaudes des Hauts-Plateaux et Sahara en Algérie), C. microcarpa (Sahara en Algérie), Onopordon Espinæ (spécial à la Tunisie), Echiochilon fruticosum (Sahara en Algérie), Linaria fruticosa (Sahara en Algérie), Echinopsilon muricatus (Sahara en Algérie).
Comme la flore, la faune devient plus désertique ; ainsi, nous notons parmi les insectes : Cicindela leucosticta, Anthia sexmaculata, et Pimelia Doumeti, variété pubescente de P. granulata, découverte par moi en 1874 et qui pendant plusieurs années a été considérée comme espèce. Un énorme Grillon blanc égyptien (Brachytrupes megacephalus) abonde dans les sables du lit de l’oued.
En fait de mammifères, signalons l’apparition des Gazelles et l’abondance de plusieurs espèces de Gerboises dont les terriers criblent le sol.
Le 19 au matin, le camp est levé dès huit heures, non sans avoir, comme chaque jour, procédé aux observations barométriques et thermométriques. La nuit a été relativement froide, car le thermomètre minima n’a marqué que + 5°,3, mais la température remonte rapidement et, tandis qu’à six heures du matin elle était de + 6°,5 au thermomètre frondé, dès huit heures, le même instrument accuse déjà + 19°,8, soit un accroissement de 13°,3 en deux heures, ce qui nous promet une chaleur assez forte pour le reste de la journée. Ce phénomène d’abaissement considérable de la température avant le lever du jour est du reste assez habituel dans la région désertique.
Quittant les bords de l’Oued Bateha, nous entrons bientôt dans une contrée inculte désignée par le nom de désert de Chaal, où règne en maîtresse, sur des espaces considérables, une Composée à fleurons jaunes de la flore saharienne, le Rhanterium suaveolens, plante à végétation très tardive et que nous ne trouverons en état de floraison qu’aux environs de Gafsa.
Des ruines occupant de vastes étendues et de vieux Oliviers, en assez grand nombre sur certains points, révèlent l’ancienne occupation du pays par les Romains, ainsi que sa fertilité au temps de leur colonisation. C’est non loin de notre campement que, en 1874, j’ai vu un de ces arbres dont la circonférence ne mesurait pas moins de 11 mètres.
Vers deux heures du soir, après avoir suivi le lit desséché d’un oued très important mais dont le nom nous est inconnu, nous arrivons au Bir Arrach, où nous devons camper. Le puits, auprès duquel nous dressons nos tentes, est creusé sur le flanc d’une colline qui s’élève au-dessus du lit de l’oued, très large en cet endroit. Ce puits a 29 mètres de profondeur et fournit une eau de très mauvaise qualité dont la température est de 21 degrés centigrades ; il est de construction romaine, comme la plupart de ceux que l’on rencontre dans le trajet de Sfax à Gafsa. Sur les hauteurs voisines, on voit encore distinctement les enceintes ruinées d’une sorte de camp retranché. Un vent violent et un sol pierreux, infesté de Scorpions (Buthus australis), nous causent de grandes difficultés pour l’installation de nos tentes que l’on ne sait comment fixer solidement. On y parvient cependant, et, lorsque nous avons procédé au repas, nous nous mettons en devoir d’explorer la plaine, couverte de broussailles formées principalement de Tamarix, de Thymelæa et du Retama Rætam, qui occupe un vaste espace sur la rive gauche de l’oued. Les captures d’insectes et de reptiles y sont nombreuses et intéressantes, et la nuit seule nous ramène au camp, sans les interrompre cependant, car elles se continuent sous la tente même fort avant dans la soirée, les espèces nocturnes ou crépusculaires étant attirées en foule par les lumières de notre campement.
Les environs du Bir Arrach ne nous ayant offert qu’une flore presque identique à celle des stations précédentes, nous ne citerons que : Dianthus serrulatus var. grandiflorus, Neurada procumbens, Nolletia chrysocomoides, Onopordon ambiguum, Dœmia cordata, Arthratherum pungens.
Quant à la faune de cette localité, elle est aussi sensiblement la même que celle des points visités depuis Sfax ; nous y rencontrons pourtant un jeune Varanus arenarius, ce géant des sauriens terrestres du Nord de l’Afrique.
Pendant la nuit, un ouragan du nord-nord-ouest, d’une extrême violence, menace à plusieurs reprises de renverser nos tentes ; mais la température s’abaisse beaucoup moins qu’à l’Oued Bateha, et le thermomètre minima ne marque pas au-dessous de + 11°,3, tandis qu’à huit heures du matin le thermomètre frondé accuse + 18°, degré très voisin de celui observé la veille à la même heure.