Aux insectes déjà pris à Gafsa, parmi lesquels le Brachinus Africanus est le plus abondant, viennent s’ajouter plusieurs espèces du Souf algérien ; nous citerons : Heteracantha depressa, Ocnera grisescens, Brachyestes Gastonis, Pimelia confusa, etc. On est frappé, par contre, de l’abondance dans l’oasis de certains types européens. Une Guêpe, qui se trouve partout sur les fleurs de Daucus, est le Vespa Gallica. Le Blaps Gigas y est aussi abondant qu’à Tunis même. Sous toutes les mottes de terre on y trouve un Carabique commun dans l’Europe entière, le Harpalus griseus. Le Pimelia obsoleta y est aussi commun qu’à Sfax, mais dès que l’on gagne les dunes environnantes, on retombe dans la faune entomologique du Souf algérien. Les coléoptères y abondent, mais on est surpris de la rareté des espèces appartenant à d’autres ordres.

Les eaux de l’oasis recèlent, dans les Characées qui y vivent, une Crevette (Palæmon varians) qui y est en grande abondance, ainsi que des mollusques appartenant aux genres Melania, Melanopsis, Bithynia, Paludinella et Planorbis. Quant aux mollusques terrestres, ils sont très nombreux au pied des Dattiers, notamment les Hélices des groupes Pisana et maritima.

Une seconde course à cheval, poussée au delà de l’oasis jusqu’à la rencontre des marécages du Chott El-Djerid, complète la journée. Revenant ensuite vers les sources que nous avons visitées le matin, nous traversons une vaste plaine salée couverte d’Anabasis et autres Salsolacées, et à l’extrémité de laquelle nous trouvons une large dépression où nous rencontrons, gisant éparses sur le sol, un grand nombre de Mélanies et de Mélanopsides subfossiles analogues à celles qui vivent actuellement dans les eaux de l’oasis. Quelques vieux pieds de Dattiers isolés et complètement décrépits se dressent sur divers points de cette dépression, dans laquelle nous n’avons pas de peine à reconnaître une ancienne portion de l’oasis aujourd’hui desséchée et ruinée par suite de la disparition ou du retrait des eaux qui coulent maintenant à un niveau plus bas et dans un lit plus profond. Aux coquilles fluviatiles que nous venons de signaler sont associées quelques valves d’un Cardium voisin du C. edule, mais nous ne tardons pas à avoir la preuve que ces valves sont d’un âge bien antérieur aux coquilles fluviatiles citées plus haut, car nous trouvons les analogues encore en place dans les lambeaux de grès coquillier grossier qui émergent du milieu des sables ; ils sont donc fossiles et ne peuvent nullement servir d’argument en faveur de l’existence d’une mer intérieure contemporaine de l’époque actuelle. Rentrés en ville par la route de Nefta, nous passons notre dernière soirée au bordj avec nos aimables hôtes, le capitaine du Couret, le docteur Collignon (archéologue distingué) et les autres officiers de la garnison, dont nous ne saurions oublier le cordial accueil. Comme pendant les précédentes soirées, des éclairs sillonnent l’horizon occupé au nord et au sud par des masses nuageuses épaisses, phénomène dont la fréquence insolite pour cette contrée caractérise cette année exceptionnellement pluvieuse. Nous jouissons du reste, pendant la soirée et la nuit, d’une fraîcheur tout à fait anormale.

L’oasis de Tozzer offrant un assez grand intérêt, nous croyons devoir donner une liste assez longue bien qu’incomplète des récoltes que nous y avons faites ; cette liste viendra s’ajouter à celle que notre collègue M. Letourneux a dressée dans son exploration beaucoup plus complète que la nôtre.

Ajoutons qu’à l’ombre des Dattiers, dont les variétés sont très nombreuses à Tozzer, on cultive presque tous les arbres fruitiers d’Europe, y compris un Pommier buissonnant et la Vigne, qui y est d’une grande vigueur et y donne d’énormes grappes. C’est aussi sous l’abri des Dattiers que viennent les céréales et une grande variété de légumes, cultivés avec succès dans des jardins abondamment arrosés par les eaux des dérivations du torrent qui fertilise cette merveilleuse oasis.

Nous quittons Tozzer le 13 mai, à huit heures du matin, malgré l’insistance aimable de nos hôtes, qui voudraient nous garder plus longtemps, et leurs offres de nous conduire à Nefta, offres que nous accepterions avec enthousiasme s’il nous restait plus de temps pour réaliser notre itinéraire obligatoire. Sous la conduite d’un sous-lieutenant indigène au physique quelque peu grotesque et qui paraît peu satisfait de se déranger pour accompagner la Mission, nous nous dirigeons vers les oasis d’El-Oudian, laissant à gauche El-Hamma et, à droite, les bords du Chott El-Fedjedj dont la nappe blanche et unie s’étend au delà de la portée de notre vue. Un trajet de deux heures à travers une plaine sablonneuse nous conduit à l’entrée de Sedada, village arabe encastré entre des talus élevés et abrupts de terre argilo-sableuse. Les maisons et les murs d’enceinte y sont construits en terre battue, ce qui ne laisse pas que de leur donner un aspect fort original. Là, l’officier indigène nous remet aux mains d’un cavalier du pays qui doit nous guider jusqu’à la rencontre de la route qui rejoint celle de Gouifla.

Vers onze heures du matin, nous faisons halte sous l’ombrage des Palmiers au bord de la belle source d’Aïn Sbebia, sortant d’un rocher, au pied d’un monticule calcaire sur le flanc duquel existe un édifice romain en ruine. C’est là que passe l’un des derniers tracés du canal Roudaire, coupant à cet endroit un relief de plus de 70 mètres d’altitude au-dessus de la mer. Les eaux de la source sont abondantes, mais légèrement saumâtres et à une température de 18 degrés. Elles sont peuplées de Mélanies et de Paludinelles. Le rocher au pied duquel elles sourdent contient des fossiles (Pecten, Ostrea, etc.) et de petits Oursins.

Après un repos d’une heure, nous gravissons le coteau par un chemin scabreux aboutissant à un plateau aride où gisent quelques silex taillés. Déviant ensuite à droite, en dépit du mauvais vouloir de notre guide, nous gagnons, par un ravin décharné, les pentes du Djebel Droumès.

Cette montagne est fort intéressante en raison des innombrables fossiles qu’elle recèle et qui en jonchent le sol. Ils se détachent des strates de marnes schisteuses fortement chargées de fer qui forment en cet endroit le fond du terrain sénonien. Je dois à M. Rolland la détermination de ce terrain et celle des Ostrea dichotoma et proboscidea, qui y forment de véritables bancs dans lesquels nous avons également recueilli quelques dents de Squales que nous croyons appartenir au genre Notidanus. Peu avant d’arriver au Djebel Droumès, le relief de Kriz, au pied duquel s’échappe la source abondante d’Aïn Sbebia, nous avait fourni, dans un calcaire jaunâtre, des échantillons d’une espèce d’Inoceramus, associés à des Janira, des Echinobrissus et des valves de Pecten. Nous avons recueilli aussi quelques bonnes espèces de plantes sur ce point où nous nous sommes attardés malgré une chaleur suffocante, et nous y mentionnerons un reptile intéressant, le Fouette-queue (Uromastix Acanthinurus).