De nombreux vestiges d’habitations, d’anciennes cultures et de travaux importants attestent que l’île de Ramlah a été beaucoup plus cultivée et surtout beaucoup plus peuplée dans les temps anciens. Bordj-el-Ksar, notamment, a dû être à l’époque romaine, et sans doute aussi à l’époque chrétienne, une ville d’une grande importance, comme population et comme commerce. Les vestiges de l’ancien port et les ruines de constructions qui bordent la mer sur un très long espace et sont incessamment détruites par les flots ne laissent aucun doute à cet égard. Nous y reviendrons plus tard dans le récit de notre visite à ces ruines.

La flore des îles Kerkenna est remarquable par le grand nombre d’espèces sahariennes qu’elle renferme. Le peu d’élévation du sol au-dessus du niveau de la mer, de grandes surfaces sableuses, la rareté de la pluie, remplacée par d’abondantes rosées, sont autant de conditions qui paraissent y favoriser le développement des espèces désertiques. Les plantes des terrains salés (les Salsolacées et les Statice principalement) y occupent aussi de larges espaces par suite de la pénétration des eaux de la mer dans l’intérieur des terres où elles forment, particulièrement dans le nord de la grande île, de vastes sebkhas alternativement submergées et desséchées suivant que la mer est agitée ou calme. Ces lagunes semblent tendre à envahir de plus en plus les terres en raison du phénomène d’abaissement lent que subit le sol de toute cette partie de la côte, ainsi que nous le prouvent les diverses observations que nous avons pu faire tant aux Kerkenna qu’à Gabès et à l’île de Djerba.

La liste suivante[2], bien qu’elle ne comprenne qu’une partie des nombreuses espèces que nous avons récoltées, suffit pour mettre en évidence le caractère saharien de la végétation :

La faune entomologique des Kerkenna est sensiblement la même que celle de Sfax, en y ajoutant les Buthus australis et Europæus qui sont abondants dans la grande île, notamment près de Cherki.

En reptiles, nous avons capturé : Stenodactylus punctatus, Gongylus ocellatus, Eremias guttulata, et une Couleuvre qui est le Periops Algira.

En oiseaux, nous avons vu de nombreux Stercoraires, Puffins et Goélands, parmi lesquels le Larus senatorius ; plusieurs Lanius (L. Italicus), d’abondantes Huppes et l’Ardea Garzetta, très commun sur les palissades des pêcheries.

Le sol bas des Kerkenna montre deux formations différentes : la carcasse des îles est formée d’un calcaire dolomitique très dur, disposé en couches horizontales assez souvent crevassées ; dans ces crevasses on trouve parfois des réservoirs d’eau douce. Au-dessus de ce calcaire, s’étend sur plusieurs points de la grande île, principalement sur la côte nord-est, une formation quaternaire ancienne très fossilifère où l’on trouve le Strombus Mediterraneus. Cette roche est journellement délitée par l’action des eaux et ses débris forment actuellement un nouveau tuf coquillier dans lequel les espèces vivantes sont mêlées aux fossiles de la formation précédente. Sur plusieurs points de la côte occidentale, c’est-à-dire en face de la terre ferme, notamment au Bordj El-Ksar, il existe des falaises formées d’un terrain de gypse cristallin qui est entamé par l’action de la mer. Enfin, à la pointe sud de la petite île (Srira ou Djira), se trouve un gisement de grès calcaire blanc, renfermant de nombreux fossiles parmi lesquels le Strombus Mediterraneus dont on rencontre des spécimens épars dans les dunes de sables de cette portion de l’île, sables provenant des détritus du grès calcaire susmentionné.

Nos observations sur la position relative des diverses couches géologiques qui forment le sol des Kerkenna et sur le niveau actuel des constructions anciennes qui existent encore sur leur côte, nous portent à admettre que celle-ci a subi des soulèvements et des affaissements alternatifs, et qu’elle est actuellement dans une période manifeste d’abaissement qui tend à réduire incessamment l’étendue des îles.

OBSERVATIONS METEOROLOGIQUES FAITES DANS LES ÎLES KERKENNA.