Vous voudriez sans doute aussi que je narre l'histoire de quelques-unes des manifestations politiques «spontanées» dont certains furent les héros, mais où il eut surtout la plus large part, au point de croire que c'était à lui que ces manifestations s'adressaient. Je me souviens d'une, principalement, où, tout le long des boulevards, dans la voiture de celui auquel les cris et les vivats étaient destinés, il saluait, se levait, agitait son feutre, un feutre gris, ce soir-là—étendant ses grands bras dans un mouvement rythmique de chef d'orchestre, comme pour tempérer ou accentuer les clameurs.—Et la foule, dans le clair-obscur de minuit, confondant grâce à sa barbe, lui et son client, l'acclamait, réellement séduite par l'énergie de sa mimique et de son allure.
Et, aussi son triomphal voyage à Londres—dernière étape de sa vie si mouvementée—où, pour faire vendre et chanter sa fameuse chanson, Viens Mimile, il partit à la suite du Président Loubet en Angleterre!—Il obtint un tel succès de curiosité que tous les journaux anglais donnèrent son portrait à côté de celui de M. Loubet, si bien que le peuple anglais dut se demander lequel des deux conduisait le char de l'Etat: le Président ou l'Empereur... des camelots?
Quand je songe à cette exubérance, à ce désir de vie, à cet amour du mouvement dont il était si plein, lui, l'homme des foules, l'ami du progrès, qui faisait de la «rue» son domicile privilégié—abandonnant le sien, si doux et si confortable—et qui fut tué, au coin d'une rue du «Croissant», par une automobile lancée à toute vitesse, tué par le progrès, dans la «rue», chez lui! Je sens une pointe de tristesse monter de mon cœur à mes yeux.
Et puis ne pensez-vous pas qu'il faudrait aussi dire qu'il connut les personnalités les plus hautes de la République,—qu'on lui confia même des secrets d'Etat—qu'il connut maints complots. Que sais-je encore? Et tout ça pour faire savoir au lecteur que Napoléon Hayard, par sa vie, était à même de parler et de connaître l'argot moderne. Mais son nom seul suffit à l'affirmer: «Napoléon Hayard, l'Empereur des Camelots!» Je crois que cela indique assez bien son homme. Croyez-moi, pas de biographie. Non madame! non n'insistez pas! Au revoir...
...Au revoir!
...Revoir!
L.C.
[NOTICE]
Napoléon Hayard fut un des hommes qui connurent le mieux les gens et les mœurs de notre époque.
La documentation que nous livrons aujourd'hui au public, est donc le résultat de la vie même de notre ami.