A un côté du temple une colonne soutient une amphore vide et l'autre une Vénus, en pierre moussue, se courbe pour essuyer ses pieds devant le seuil.
Des amis qui viennent me voir, me disent, émerveillés, loin de moi: «Ce sont les jardins de Racine et de la Champmeslé... La reine Marguerite y a erré avec ses philosophes?... Clairon est votre spectrale voisine... Adrienne Lecouvreur y est morte. C'est peut-être elle qui fit construire ce petit temple à l'amitié!... C'est l'empire napoléonien qui a placé sur votre entrée ces sphynx?... C'est ici que le jeune Balzac cachait ses amours avec la Dilecta?.. qui lui était «plus qu'une mère, plus qu'une amie, plus que toute créature»... C'est sans doute à une de ces célèbres «diableries» des bocages de jadis que le comte de Clermont-Tonnerre enleva sa maîtresse au poète amphitryon. Vous connaissez l'épigramme:
«A la plus tendre amour elle fut destinée,
Qui prit longtemps Racine dans son cœur:
Puis, par un insigne malheur,
Le Tonnerre est venu qui l'a déracinée.»
Le malin petit Vauquelin des Yvetots y reçut la vertueuse Mme d'Hautefort, et un passage souterrain conduisait les charmantes et frivoles Parisiennes à ses fêtes galantes... En ce temps il n'était question que du sérail de Vauquelin, Richelieu visita cette propriété de Vauquelin; s'arrêta devant la charmille secrète et dit à son hôte interloqué: «Si nous visitions le souterrain?» (que le brutal percement de la rue de Rennes mettra sans doute un de ces jours à découvert).
Une hôtesse d'autrefois y accueillit aussi Charles de Sévigné, Boileau, etc... Comment ne pas leur préférer la visite de mes contemporains si riches d'eux-mêmes, qui semblent en entrant fermer les portes au passé, rendant, malgré son prestige, mon jardin un peu public.
Mes fêtes:
Heureuse dans l'oubli de ceux qui sont exclus.
Mon désir souvent crée votre pas, je crois voir votre forme, et je me vêts hâtivement de mon hermine pour la royale visite de l'amour,—mais vous passez ailleurs...
Ses frêles mains, comme submergées, semblent toujours se soutenir, se mouvoir en quelque onde native, tracent sur l'espace vide je ne sais quel souvenir, de remous invisibles dont j'aurais voulu fixer les dessins en tons vagues sur les murs: que ses gestes soient mes fresques.
Trois bougies:
—Signe de mort!
—Toi ou moi?
—Cela ne revient-il pas au même?