Plutôt que de blâmer, en persécutant nos dissemblables, cherchons à surprendre dans la nature ou la divinité leurs causes et leurs raisons d'être.

Dans la Genèse, aussi bien que dans les livres sacrés hindoux et persans, il est écrit que l'être primitif fut créé mâle et femelle.

Aristophane, dans le Banquet, nous donne de curieuses explications sur la séparation des Androgynes.

Ève formée de la côte d'Adam, n'est que la parabole d'une division semblable. (Naissance d'Ève, autrement conçue par Salomon Reinach. Revue de l'Histoire des Religions, 1918).

Il reste encore des exemples dans certains animaux et dans les végétaux.

Il semble naturel que des êtres, nés de deux sexes, portent parfois leurs doubles attributs mélangés. Hommes par le corps, femmes par l'esprit, ou le contraire, ou une fraction du contraire, variables à l'infini. Il y a des androgynes d'esprit aussi bien que de corps.

La gynécologie, ainsi que l'esthétique grecque, reconnaît l'influence des objets extérieurs sur la gestation, et il serait temps d'observer l'influence de la pensée des femmes enceintes «prégnant»—sur leur enfant—pensée qui, chez les orientales, se borne peut-être à une influence ou à une habitude, car c'est toujours un fils qu'elles doivent réclamer, mais la vie du harem, composée de femmes, souvent amoureuses ... peut influer autant qu'une volonté précise sur le sexe moral de l'enfant qu'elles portent. Combien d'entre les femmes occidentales, obsédées par le désir d'un fils ou d'une fille, choisissent jusqu'au nom masculin ou féminin qu'ils doivent recevoir en naissant; et les témoins de la délivrance ne constatent que le sexe corporel, seul abandonné aux hasards de la nature, la femme ayant peut-être inconsciemment formé, selon son choix, le sexe intérieur de son enfant.

De quel courage viril est douée mademoiselle de Maupin, celle qui se battit en duel, et qui mit à feu un couvent pour en libérer une des sœurs qu'elle convoitait (Voir Théophile Gautier, Mademoiselle de Maupin, et G. Letainturier-Fradin, La Maupin: sa vie, ses duels, ses aventures).

Sappho songe peut-être aussi à arracher sa bien-aimée à celui qui la possède.

«Il me paraît l'égal des dieux, l'homme qui est assis en ta présence et qui entend de près ton doux langage et ton rire désirable, qui font battre mon cœur au fond de ma poitrine. Car lorsque je t'aperçois, ne fut-ce qu'un instant, je n'ai plus de paroles, ma langue est brisée, et soudain un feu subtil court sous ma peau, mes yeux ne voient plus, mes oreilles bourdonnent, la sueur m'inonde et un tremblement m'agite toute; je suis plus pâle que l'herbe et dans ma folie je semble presque une morte... Mais il faut oser tout». («Ode à une femme aimée»; Sappho, trad. Renée Vivien).