Les fiancés épris se regardent dans les yeux et y puisent une volupté éthérée qui ne semble rien avoir de physique et ils ne s'accouplent peut-être que lorsqu'ils ne se grisent plus assez autrement. Ainsi, ils recherchent l'oubli du «Paradis perdu» qui fut un état d'innocence—de si capiteuse innocence que rien jamais ne pourra y suppléer, ni l'égaler.
Un des rares romans anglais que j'aie lu, et qui m'a découragé d'en lire d'autres, contient cependant cette déclaration très juste, il me semble: «Ce jour-là, ils pensèrent à autre chose qu'à leur amour et ce fut le commencent de sa fin.»—et sans doute aussi (ce que le roman anglais tait par pudeur), le jour de leur premier baiser sensuel.
Le corps des amants existe l'un pour l'autre afin que leur désir puisse travailler à sa propre destruction.
... «gestes étranges
Que pour tuer l'amour inventent les amants.»
(Paul Valéry).
Cette destruction n'est qu'une question de temps variable à l'infini, et c'est peut-être l'appréhension de cette fin qui donne une impression de honte et de défaite et de faute commise et que dissimule parfois la joie de l'emprise, à laquelle viennent s'ajouter le plaisir, les compréhensions physiques, la tendresse et l'habitude, ces formes de la pitié.
L'abstinence libère également le désir et le détourne tôt ou tard.
Il se meurt donc également d'abstinence et de satiété, mais il est préférable que ce soit de satiété? Qu'il soit, est seul essentiel. Les détails de ses réalisations sont des secrets «d'alcôve» qui ne nous regardent pas.
Je nomme donc amants tous ceux qui, quel que soit leur sexe, s'aiment d'amour. Qu'ils se soient ou non «possédés» est une affaire de circonstances, de volonté, de préjugés ou de physiologie.
Je le répète, ils sont l'un et l'autre et peuvent être l'un à l'autre même au delà de ces faits et gestes...
La «Vénus terrestre» se différenciait trop de la «Vénus céleste» pour que les anciens n'eussent pas à blâmer les amours de Bassa, Philaenis, etc... tout en glorifiant Sappho.