C’était vers la brune. Les clients ne donnaient pas encore. Angelinette se chiffonnait une garniture de rubans bleus de rechange pour sa robe de mousseline blanche : la mauve se fanait, trouvait-elle. Entra, en coup de vent, Clémence, une femme d’une autre maison : trente ans, grande, brune, déhanchée, les yeux très noirs et très ouverts, les pommettes un peu saillantes, un nez droit à larges narines palpitantes, une grande bouche aux dents superbes, le teint basané. Elle se planta devant Angelinette, les yeux flamboyants, les mains dans les poches de sa robe, le corps en avant, frémissante en toute son allure d’apache femelle, de femme mâle.
— Tu m’effraies toujours avec ta manière d’entrer comme un ouragan.
— C’est que je ne viens jamais ici qu’affolée.
Angelinette se leva pour s’en aller ; mais l’autre la repoussa rudement sur sa chaise et la secoua par les deux épaules.
— Sale gamine, vas-tu encore longtemps me torturer ainsi ?
— Allons, voyons, je t’ai dit que non, et c’est non ! et non !
— Angelinette, voyons.
Et ses mains devenaient insinuantes, caressaient les cheveux, la nuque d’Angelinette.
— Ah ! j’ai quelque chose pour toi : tu as perdu ton beau peigne, je t’en apporte un autre.
Et elle sortit de sa poche une boîte avec un peigne en celluloïde blond, incrusté de strass et de faux saphirs.