Et je fis pirouetter Fineke devant lui.

— Voyez comme elle est propre et jolie.

— Oui, fit la petite femme, vous pouvez les regarder partout.

Et elle levait les jupes de Fineke pour montrer ses petites fesses bien lavées.

— Puis-je vous faire une visite, madame ?

— Mais avec plaisir.

Je ne savais pas s’il fallait l’appeler « Sus » tout court ou « cher frère ».

— Il ne sait plus le flamand, fit Mitje.

— Non, je dois chercher mes mots. Je ne parle et n’enseigne que le français. Mes élèves wallons de Bastogne n’entendent que le français et leur patois.

En remontant chez moi, je revis le petit Sus d’il y avait sept à huit ans, qui allait me ramasser, le long des routes, des seaux de crottins et de bouses pour mon fumier : je lui donnais dix centimes par seau. On l’a bien décrassé, mais la crasse n’était que physique : le cœur et le cerveau étaient intacts ; aucun vice ne l’avait encore atteint, l’absence de misère avait tenu les vilenies à distance ; il n’était que pouilleux et ignorant. Il a tout de suite dû marcher dans un sillon : la grammaire, l’histoire, la géographie, les mathématiques, tout lui fut enseigné, et sérieusement, par des gens qui façonnent un objet dont ils comptent tirer profit. En effet, Suske ou frère Benoît tient déjà une classe qui rapporte à son ordre douze cents francs par an.