— Oui, il y en avait aussi une au-dessus de la maison de l’épicier, me répond-elle.

Cela me revient comme une brise parfumée, et ce n’est pas un petit bienfait au milieu des horreurs que nous lisons et dont la terreur est écrite sur chaque visage,

3 juillet 1917.

Le petit de l’homme est déjà infâme. Il ne lui faut pas l’expérience de vilenies, ni la souffrance, pour le devenir : son instinct lui suffit.

L’année passée déjà, de grands garçons de la rue avaient incité Mileke à me donner des coups de pied et à me cracher au visage plutôt que de m’embrasser quand je m’approchais de lui. Mais comme j’avais deviné la chose, j’avais pu y mettre ordre. Cette année, au commencement de mon séjour ici, il me sautait au cou chaque fois qu’il me voyait ; puis, petit à petit, il s’était éloigné jusqu’à me montrer une suprême indifférence et même de l’aversion ; cette fois encore il ne voulait pas m’en avouer la raison. Je lui dis de la chuchoter à l’oreille d’Anneke, à qui déjà, l’an dernier, il avait avoué ce qui en était.

— Elle te donnera, après, des cerises.

Il le fit :

— Les enfants ne veulent plus jouer avec lui s’il continue à être ami avec vous, répéta Anneke.

— Anneke, donne-lui des cerises.

Je lui en donnai aussi une poignée. Il me regarda. Oh ! jamais je n’ai vu regard chargé de plus de surprise et de remords : mon mari et moi, nous en fumes tout saisis. Puis il alla jouer. Après, quand je sortis, il me sauta au cou devant tous ses camarades, une dizaine pour le moins. Je fus remuée de fond en comble par cet héroïsme.