9 juillet 1917.
Le crâne petit bonhomme ! Aujourd’hui le petit Mileke jouait au milieu de six à sept bambins. J’arrivais à l’autre bout de la rue. Dès qu’il me vit, il les quitta et vint vers moi, en se retournant de temps en temps vers les autres, d’un altier mouvement de tête. Il me sauta au cou ; moi, je le soulevai et nous nous embrassâmes longuement. Les autres avaient lâché tout jeu pour nous regarder. Je rentrai avec Mileke sur mes bras ; il ressortit pour aller jouer, mais bientôt il revint me dire que ses camarades lui avaient jeté des pierres. Je ne sais comment venir à bout de ces petites brutes. Mileke et moi, nous ne pouvons nous résoudre à leur donner gain de cause, nous nous aimons sincèrement. Il a des regrets et des remords quand il leur obéit, et moi un vrai chagrin.
1917.
— Te rappelles-tu quand nous avons mis les « Mais » au cheval et que nous sommes allés dans ton hameau comme pour te chercher, toi et tes bagages ?
Clic clac, clic clac.
— Et comme nous avons tout rangé dans les tiroirs et les armoires de ta nouvelle maison ?
Cliquelaque, cliquelaque.
— Et la poule bleue qui, en sortant du panier, a tout de suite pondu d’émotion ? Tu disais que cela te porterait bonheur dans ta nouvelle demeure et tu riais, la bouche large ouverte, en pesant l’œuf encore chaud dans ta main, et je vis pour la première fois que tu avais les dents blanches.
Clic clac, clic clac, clic clac.
— Et à ta noce, le lendemain, quand tu me disais : « Viens embrasser ta tante », et que tu me fis boire dans ton verre…