Je sortis. A trois heures, Mitje, tout enfarinée, vint dire qu’un gros garçon était né. J’avalai ma tasse de thé et courus chez eux. Mitje était de nouveau penchée sur le pétrin. J’allai dans l’autre chambre. Le docteur, en manches de chemise, essuyait ses instruments ; un seau avec l’arrière-faix, une mare de sang à terre. On avait dû transporter la petite femme sur la table, en pleine lumière, et, pendant qu’on la maîtrisait à trois, il avait cherché avec le forceps l’enfant presque étouffé. La sage-femme emmaillotait un petit môme tout bleu, à figure de vieillard idiot, la tempe et un œil endommagés par les fers.

— C’est un beau garçon, dit le docteur.

— Oui, un bien beau garçon, fit la vieille sage-femme.

— Oui, très beau, ajouta la vieille voisine, qui nettoyait la mare de sang.

— Ah ! il est beau ? fis-je.

Puis j’allai vers la mère, pâle, ses hideux cheveux mal soignés épars, l’expression matée, anéantie.

— Ah ! j’en ai vu ! sans le docteur qui l’a retiré avec les fers, je n’en serais pas sortie.

— Non, ajouta le docteur, elle n’en serait pas sortie, aucun travail ne se faisait. J’ai dû aller le chercher très haut, on ne voyait plus les fers.

On me donna l’enfant avant de le mettre près de la mère ; j’appelai Mitje.

— Mais je ne peux pas venir, je suis remplie de farine.