— Venez tout de même, Mitje.
Elle vint, les mains remplies de pâte. Je lui mis le petit sur les bras.
— Qu’il est beau ! n’est-ce pas, madame ?
Sa figure devenait toute tendresse.
— Et vous le soignerez bien. C’est elle, docteur, qui a fait la layette, qui a soigné pour le linge de la mère, le linge du lit. Tout le changement que vous voyez ici depuis le dernier accouchement que vous avez fait, c’est Mitje qui l’a réalisé.
Je mis l’enfant près de la mère. Mitje retourna au pain. Le père était accroupi devant l’âtre, il faisait rissoler une poêle pleine de pommes de terre et les retournait avec une fourchette. Mileke, quand on lui eut dit dans la rue qu’un petit enfant leur avait été apporté, se mit à clamer : « Nous avons un petit enfant ! Nous avons un petit enfant ! Un garçonnet, un garçonnet ! » Puis il rentra ; je le soulevai devant le lit et lui fis voir l’enfant. Sa figure riait et exprimait en même temps une stupeur craintive ; il grimpa sur la chaise à côté du lit et caressa à pleines mains le visage de sa mère. Puis entra Gilles, le gars de quatorze ans.
— Gilles, venez voir.
Il s’approcha, regarda, par-dessus sa mère, l’enfant, devint rouge, puis s’en alla.
Remi rentra de l’école comme une bombe, la figure effarée. On l’avait prévenu dans la rue.
— Viens, Remi.