Il accourut vers le lit, se pencha dessus.

— Oh ! comme c’en est un beau, oh ! qu’il est beau !

Et il resta longuement penché à le regarder, la figure radieuse.

Il retourna ensuite dans la grande chambre. Le père demeurait indifférent et n’alla ni vers la mère ni vers l’enfant. Il avait mis la poêle de pommes de terre au milieu de la table sur laquelle Mileke était déjà assis. Gilles, Remi et le père s’attablèrent ; tous piquèrent, à même la poêle, les pommes de terre, tout en mangeant une tartine de compote de pommes. Le père et les deux petits étaient tout à leur occupation de manger. Gilles avait une mauvaise figure qui ruminait des pensées. Tout d’un coup son expression s’éclaircit.

— Nous aurons de la farine au comité pour le petit.

— Non, fit Mitje, nous ne recevrons rien pour lui, mais mère aura une livre de farine blanche en plus. Maintenant, Gilles, j’aurai plus de besogne : tu dois m’aider et ne plus dire que je ne m’occupe que des futilités du ménage. Père aussi croit que le ménage ne comporte que des futilités.

— Que voulez-vous y faire, Mitje ? vous n’arriverez jamais à faire comprendre à un homme que le ménage est une chose sérieuse. N’est-ce pas, Door ?

Door se mit à rire.

— Oui, oui, c’est très sérieux.

Mais lui et Gilles se regardaient, parfaitement d’accord que faire le ménage n’est pas travailler, que seuls leurs travaux, à eux hommes, sont importants.