J’allai à la rue voir si Fineke et Anneke ne venaient pas encore de l’école. J’eusse voulu qu’on ne leur eût rien dit pour jouir de leur surprise, mais toute la rue les prévenait. Fineke arriva avec les autres écolières ; on lui avait déjà annoncé qu’on avait apporté un enfant chez eux. Je l’emmenai devant le lit et la soulevai. Elle le regarda, abasourdie.
— Eh bien, Fineke ?
— Il est si petit, je croyais qu’il était grand.
— Comment ça, Fineke ?
— Je croyais que c’était un enfant de réfugiés, comme il en est arrivé chez le voisin, et avec qui je pourrais jouer.
— Non, ceci est un petit frère que tu peux garder, il s’appelle Jacques.
Alors elle rit et fut très contente.
Entra Anneke, son intelligente figure toute frémissante, les joues roses et tremblantes, et sa petite poitrine étriquée se soulevant tumultueusement. Elle savait qu’ils allaient avoir un enfant, mais rien de plus, et le matin la mère avait encore coupé leurs tartines. Et maintenant un petit frère, tout bleu et tout habillé, était là à ouvrir la bouche à côté de sa mère, comme un oiseau qui demande la becquée.
Puis elle alla manger à la poêle de pommes de terre, que le père venait de remplir une seconde fois.
Mitje avait maintenant façonné dix-huit pains et coulé un pain d’épices ; elle les tapotait et les déposait sur une planche, sous une couverture.