— Père, il sera temps d’allumer le four ; d’ici là les pains auront monté. Et ne pétrirais-je pas vite quelques tartes pour fêter Jacques ?

— Oui, il faut pétrir des tartes pour le fêter.

Door alluma le four, ce que faisait toujours la petite femme. Gilles prit sa bicyclette et alla dans les hameaux environnants annoncer à la famille qu’un enfant leur était né, qu’il s’appelait Jacques, et qu’on le baptiserait demain dans la matinée.

19 mai 1918.

Fineke a sept ans. Elle m’exprime sa joie d’être une fille.

— Quand nous avons douze ans, nous recevons de jolies robes, des collerettes et de beaux souliers. Les garçons n’ont qu’un pantalon et un veston : c’est toujours la même chose.

Et sa bouche s’épanouit. Fineke rit toujours, Fineke est toujours heureuse, et, chose rare, cette joie est appariée à une exquise sensibilité. Elle me dit encore :

— Je sais où il y a des nids avec des œufs, mais je ne le dis pas aux garçons, ils les prendraient. En laissant les œufs dans le nid, il y aura des oiseaux, ils chanteront et nous aurons du plaisir à les entendre.

Cette créature délicieuse est vouée, de par sa position sociale, à devenir vachère et à porter des seaux de purin dans les champs pour en asperger les petits pois, comme fait sa sœur Mitje, qui était pour le moins aussi délicieuse qu’elle quand elle était petite.

6 juin 1918.