Mitje, agenouillée dans les buissons de mon jardin, arrache l’herbe pour leurs vaches. Je m’assieds par terre contre un arbre. Elle s’arrête d’arracher et me regarde de ses yeux de sensitive. Elle exhale une odeur de bouse, de sueur et de bête de somme. Elle m’exprime sa joie de ce que quatre rangées de pois « gros comme ça », qu’elle avait plantés pour moi, soient déjà « hauts comme ça », et forment une bande touffue du plus beau vert foncé. Puis, de ses mains adroites, elle continue à arracher.
— Quand j’aurai vidé tout ce coin, il n’y aura plus d’herbes, et s’il ne pleut pas…
— Il me semble que cette herbe est peu savoureuse ; est-ce que vos vaches l’aiment ?
— Elles y fourrent leurs mufles jusqu’aux yeux, madame, et depuis que nous pouvons prendre tout le gazon du jardin, elles donnent beaucoup plus de lait. Ce que père est content !
Et la petite bête de somme heureuse lève de nouveau ses yeux expressifs vers moi.
— Demain, le vicaire viendra bénir le Sacré Cœur de Jésus chez nous. On fait des dévotions nouvelles au Sacré-Cœur ; ne pourrais-je demander quelques fleurs à madame ?
— Si, Mitje, prenez-en.
Satisfaite, elle continue d’arracher, en avançant sur les genoux et en parlant de pois, de fèves, de carottes et de pommes de terre, puis de son petit frère Jacques, qui, depuis l’âge de deux mois, ne fait plus ni caca, ni pipi sous lui ; et elle dit comment elle est restée levée deux nuits de suite pour le tenir toutes les deux heures, avant la tétée, au-dessus du pot, en faisant puseweswese comme je lui avais dit de faire ; et qu’il n’avait jamais le derrière enflammé, ni cette sale croûte sur la tête.
— Nous croyions que les petits enfants devaient avoir cela, puisqu’on n’en voit pas d’autres ici.
Et ses yeux exprimaient encore l’étonnement que les petits enfants n’aient ni le derrière ouvert, ni une carapace sur la tête, ni les oreilles coulantes, si on les lave.