Ils sont chez moi à faire des cumulets sur le tapis. Fineke, en jetant jambes par-dessus tête, découvre, dans un écartement, tout son petit sexe. Mileke me regarde saisi, rougit, puis, la bouche en rond, lève les yeux vers le plafond.

L’effarouchement de Mileke est que, moi, j’ai vu cela. Lui, mon Dieu, il voit cela souvent, et n’y fait pas plus attention qu’à ses pieds ou à sa tête.

29 juillet 1920.

Fineke a neuf ans maintenant.

— Écoute, Fineke : quand je pourrai avoir du lait chez ta mère, tu viendras boire du cacao.

— Nous aurons bientôt du lait : la vache avait hier fini ses neuf mois, elle peut donc vêler quand elle veut. Les pieds du petit veau viennent d’abord, puis on le tire hors de la vache.

— Quelles jolies bottines tu as, Fineke.

— Oui, c’est saint Nicolas avec son âne qui me les a apportées. Elles étaient sur mon assiette avec un petit billet : « Pour Fineke. » J’ai eu mon assiette pleine, pleine de bonnes choses, beaucoup plus que les autres, mais j’y avais, avant de me coucher, mis une tartine pour le petit âne. Il l’avait mangée et c’est lui qui m’a mis tout cela à la place. Si j’ai eu plus que les autres, c’est que l’âne s’est dit : « Je ne donne rien à ceux qui ne donnent rien. »


Jacques aura cinq ans au mois d’août. C’est le seul des enfants de la petite femme qui n’a pas eu une enfance martyre, dont les oreilles ne se sont pas presque décollées par la sanie qui coule, pue et ronge, dont les yeux n’ont pas été envahis de pustules qu’il eût frottées toute la journée en hurlant, dont la tête n’a pas été couverte de croûtes de poux qui l’eussent empêché de la coucher pour dormir, et qui n’a pas eu les entre-jambes rouges et suintantes comme un écorché. Non, Mitje, sur mes indications, l’a soigné dès sa naissance, et c’est le plus beau, le plus malicieux, le plus sensuel petit gredin, aux beaux yeux noirs et à la peau basanée, qui soit.