— Oh ! maintenant qu’ils ont passé l’Yser ! fait une jeune dame, en levant la tête de sa broderie.

Un monsieur et une dame âgés s’approchent d’une dame seule qui crochète une dentelle de store. Doucement ils lui demandent quelque chose.

— Non, toujours pas de nouvelles, crie-t-elle, comme ne pouvant se dominer ; depuis cinq mois pas de nouvelles.

Ils restent assis, silencieux.

Arrive un groupe de messieurs que je connais. L’un a un fils de dix-huit ans qui est en Hollande avec sa mère : c’est leur unique enfant, idolâtré comme un dieu. Le père et la mère se sont rendus malades à vouloir empêcher leur fils de s’engager : enfin ils y sont parvenus, et le père, là devant moi, a l’air heureux. Un autre, un avocat, a ses trois fils à la guerre : l’un est déjà estropié, il a un bras ankylosé par une fracture. Mais, par ce printemps, ce père aussi a l’air content : en somme, ils vivent tous les trois !

Je me promène en m’asseyant de temps en temps pour m’étirer au soleil. Dans l’allée des perroquets, tous sont sur leurs perchoirs. C’est une débauche de couleurs merveilleuses et de cris discordants. N’importe, la beauté domine. Je m’arrête à leur gratter la tête.

Les bébés jouent.

L’otarie veut jouer avec les deux cormorans qui partagent son domicile ; elle nage, en criant, autour de la dalle au milieu du bassin, sur laquelle ils sont installés. Ils la piquent de leurs becs quand elle veut monter ; lorsqu’elle a réussi tout de même, elle crie en se tournant vers l’un et l’autre, les implorant de jouer avec elle ; mais les cormorans ne veulent pas et continuent à piquer jusqu’à ce qu’elle se laisse glisser dans l’eau comme un sac rempli d’huile. Elle recommence alors à nager autour de la dalle, en criant désespérément. Les deux oiseaux restent féroces et implacables dans leur antipathie.

Les paons brillent, scintillent de mille couleurs au soleil. Un paon blanc à hérissé sa queue. Tout son être est tendu dans cet effort. La croupe, aux plumes ébouriffées, levée, les ailes écartées, les jarrets tendus, il tourne lentement vers le soleil et la brise et fait strider ses plumes : c’est, au travers des mailles de la cage, un miroitement nacré, où tout le prisme évolue en des reflets moelleux.

Dans une grande cage, plantée d’arbres, des oiseaux granivores du pays. Quel est ce petit bougre qui fait tutututûûût ? Je voudrais le voir. C’est un chant que j’entends toujours dans les bois à Genck ; mais je ne parviens pas à l’apercevoir.