Elle la secoua comme un paquet. C’était une maigre petite femme, brûlée, noire, consumée, sans ventre ni poitrine.
— Lâche-moi, salope, j’ai autant de droit que toi sur Angelinette, et je lui fais moins peur que toi. Tu lui rappelles trop les hommes, dont elle a assez.
— Ah ! tu crois ! Ah ! tu crois ! Eh bien nous verrons, et gare à vous deux : c’est moi qui prendrai le rôle d’espionne.
Elle lança le paquet contre le mur de l’impasse et reprit sa course vers sa maison.
La petite noiraude se ramassa.
— Si j’ai senti ses coups, elle a senti mon dard. Voir qui a le plus mal des deux…
Elle s’achemina vers la maison d’Angelinette, qui continuait tranquillement ses nœuds de satin. Elle ne souffla mot de sa rencontre avec Clémence, mais Angelinette se méfiait.
— Oh ! c’est joli ce que tu fais là, quel goût tu as ! C’est pour rafraîchir ta robe ?
— Oui, les rubans mauves se fanent.
— Mais fais-les donc teindre en rose : ça prendra très bien, et tu auras une nouvelle garniture pour quand celle-ci sera passée. Donne-les-moi, je sais ce qu’il te faut. Mais ce bleu pâle n’ira pas avec ce peigne brutal que tu as dans les cheveux. Je t’en avais trouvé un qui ira mieux.