Les paons en fureur d’amour.
Hier, en m’arrêtant devant la cage des paons, je vis trois ou quatre mâles en parade devant les paonnes. Leurs queues étaient en éventail ; leurs plumes, debout, s’entrechoquaient en un bruit stridulé ; le cou des bêtes, contre cet écran, était raidi ; l’œil hypnotique ; les ailes pendaient à terre, battaient convulsivement ; les plumes du croupion étaient hérissées ; des pattes, ils grattaient la terre. Ils scintillaient au soleil comme des idoles d’émail.
Une femelle s’avance. Un mâle fait demi-tour, se précipite et l’étreint en des soubresauts, pendant que l’éventail s’abaisse sur eux : ce fut saccadé et bref. Il se relève, chancelle, redresse son éventail, bat, désemparé, des ailes qui traînent énervées à terre ; puis il se jette sur d’autres mâles qui paradent également.
L’un d’eux poursuit une paonne en criant : Cawauw, tandis que son écran, en fendant l’air, fait fffreûeût. Elle lui échappe ; il s’avance encore doucement, grattant la terre et vibrant de l’éventail, et essaie de l’encercler, de l’acculer, mais encore une fois elle fuit, se picote, fait sa toilette, insensible à tant d’amour et de beauté offerts comme appât. Tous poussent des Gawauwauw ! et se pavanent frénétiquement devant les indifférentes. Puis, doucement, ils se calment, rabattent leurs éventails, et se promènent. Ils ont la gorge gonflée, le cou bosselé, tant l’émotion a été grande. C’est une des plus belles, des plus passionnées scènes d’amour que j’ai jamais vues.
13 juin 1915.
L’aigle ravisseur, brun pâle mordoré : les jambes emplumées, le bec noir, l’œil fulgurant. Il est dans une cage d’un mètre cinquante carrés ; un unique bâton comme perchoir. Il s’y démène, bat des ailes furieusement ; il regarde, désespéré, autour de lui, cherchant une issue ou quelque chose à quoi s’agripper dans ses efforts pour voler. Il scrute le ciel bleu, se jette contre les barreaux, s’y ensanglante les épaules et retombe à terre ; après ces efforts inutiles recommencés toute la journée, il finit par se blottir sur son perchoir, l’œil haineux, les griffes incrustées autour du bâton.
Ah ! cette impuissance devant la force brutale, implacable, qui anéantit ses efforts, l’avilit, mais ne le terrasse que pour un instant : car il recommencera tantôt son travail de révolte et de libération, et qui sait ? une barre peut céder… Ah ! quelle douleur que celle de l’aigle ravisseur…
25 août 1915.
Dans les ruines autour de moi, il y a constamment de petits et de grands voleurs. Je les menace ordinairement de la police. Mais hier, parmi ces maraudeurs, il y avait une voix de fillette si fraîche, si joyeuse, que je l’ai écoutée, craignant même qu’elle partît trop vite.
— Oh ! une rose, une rose, bégayait-elle, ivre de joie.