Elle se baissa pour chaque petit : il y en avait qui se haussaient sur la pointe des pieds, d’autres qui levaient leurs petits bras, et encore ceux qu’elle soulevait et embrassait goulument par toute la figure.
— Là, voilà ! vous êtes mes chéris, et je resterai votre marraine à friandises.
Et elle partit, de son pas pavanant d’oiseau de race, son exquis sourire lui embaumant le visage.
Quand sa grand’mère mourut, Angelinette ne fit qu’une bouchée de l’héritage. Elle invita le seigneur et la vieille Hélène à faire un voyage en bateau.
— Alors, fit le seigneur, nous devons le faire en Hollande : là, on peut se promener en bateau dans les villes.
Ils loueraient une barque, qui les conduirait par l’Escaut, les canaux de la Hollande et le Zuiderzee.
Hélène ferma sa boîte. Ils emménagèrent. Angelinette dut partager une couchette avec Hélène ; ça l’ennuyait à cause de sa grosseur : « c’était pire que deux hommes… »
Sur l’eau, au large de l’Escaut, Angelinette devenait ivre de joie. Elle se promenait dans la barque, seulement habillée de son petit pantalon ; elle défaisait ses cheveux filasse, s’asseyait le dos contre le bord et les laissait traîner dans les vagues ; elle se retournait de temps en temps pour les regarder dans l’eau verte, où ils étaient déployés comme une plante marine en fils d’argent. Quand le jeu l’avait assez amusée, elle appelait Hélène pour qu’elle lui tordît les cheveux, puis s’étalait sur le pont, sa chevelure étendue autour d’elle, et se laissait cuire.
Les autres mangeaient et buvaient : « à quoi voulez-vous passer le temps ? »