— Tout de même, ils sont comme nous, pensa Angelinette ; je l’ai vu dans leur regard quand ils se concertaient pour nous carotter.

Leur barque prit le large. Hélène fut contente d’entendre leur batelier aboyer le flamand ; Angelinette fit une grimace, comme si on l’eût choquée.

Ils voguèrent autour du Zuiderzee et accostèrent dans d’autres îles, mais Angelinette ne retrouvait plus sa première impression et préférait rester en mer.

Ils reprirent les canaux, les rivières et les fleuves, où les barques, voiles déployées, louvoyaient et que bordaient des moulins à vent et des prairies, pleines de vaches au dos noir et au ventre blanc qui paissaient en troupeaux. Et, de méandre en méandre, ils revinrent dans les eaux de l’Escaut.


Par une brûlante journée de juillet, ils firent échouer la barque sur un banc de sable dans le Bas-Escaut. Quand la marée fut tout à fait basse et la barque à sec sur un îlot de sable blanc argent, marqueté de coquilles de toutes nuances serties dans le sable comme des gemmes, ils se dévêtirent. Le seigneur avait promis aux femmes de les faire nager.

Hélène apparut en courte chemise de mousseline, envolantée de dentelles ; les plis de son cou et de son ventre faisaient cascade. Le seigneur lui offrit galamment la main pour descendre la petite échelle. Angelinette, toute nue, sauta du bord dans les bras du seigneur.

— Je ferai d’abord nager Hélène.

Il voulut l’entraîner, mais, dès qu’elle sentit l’eau, elle poussa des cris et il n’y eut pas moyen de la faire aller plus loin. Alors il l’assit dans le sable, la maintint et laissa venir sur elle deux à trois vagues.

Angelinette, les cheveux attachés au sommet de la tête, le teint rougi par le soleil, les yeux flamboyants et la bouche humide d’allégresse, riait en un rire trillé qui s’égrenait dans le bruit des vagues. Elle courait et sautait autour d’eux, la peau et les formes si fines que le seigneur lui cria :