— Une femme qui aurait de l’argent et le sens des affaires pourrait s’acheter une barque comme celle-ci : on tendrait les cabines de mousseline Liberty.
— Oh ! ça existe au Japon : on les appelle des bateaux de fleurs.
— Eh bien, pourquoi personne n’a-t-il encore tenté cela ici, dans une ville maritime ? Moi, je ne le savais pas, et maintenant je suis vieille…
Angelinette s’était désintéressée de la conversation ; elle avait cherché du fil et enfilait des coquillages. La marée montait, la barque oscilla, ondula et se remit à flot.
Ils voguèrent encore pendant dix jours sur l’Escaut et se firent tous les jours échouer.
Les matins de brume, Angelinette apparaissait, dans sa nudité enfantine, comme une perle sortant d’une huître entr’ouverte, qui, dans l’éloignement, se refermait et l’absorbait toute ; et alors, prise de peur de se sentir enveloppée de cette chose impalpable, elle appelait : « Hélène ! Seigneur ! » et ne se sentait à l’aise que lorsqu’ils répondaient.
Ils retournèrent à Anvers quand ils n’eurent plus le sou, et n’oublièrent pas le sac de coquillages et les petits moulins à vent. Angelinette les distribua aux enfants du quartier et elle raconta aux femmes son voyage.
— Il y avait…
Et toutes, bouche bée, comme des enfants, écoutaient.