Elle eut de la peine à se remettre au métier. Le premier verre d’alcool la fit frissonner de haut en bas ; puis elle étouffait dans le quartier : ça manquait d’air. Sa maigreur s’accentua ; elle devenait boudeuse ; son indifférence s’accrut ; la fatigue la paralysa lentement, jusqu’à ce que le patron lui dît :

— Écoute, il te faut des soins, nous avons trop d’ouvrage. Vas à l’hôpital : quand tu seras guérie, tu reviendras.

Elle y fut, accompagnée de la vieille Hélène. On la mit dans un lit blanc. La nuit, la sœur de ronde l’entendit murmurer :

— Être seule dans un lit, je ne savais pas quel délice c’est. Oh ! quel délice !

Quand la vieille Hélène revint, elle la trouva souriante :

— Eh bien, petite ?

— Oh ! quel délice d’être seule dans un lit, de faire dodo sans qu’on vous réveille pour recommencer encore et encore ! Oh ! quel délice !

— Mais tu n’avais pas le dégoût.

— Non, mais c’était comme si l’on me coulait la fatigue dans les membres. Et maintenant, être seule dans un lit… je ne connaissais pas ça.

Elle s’informa de la maison : « le patron n’était pas encore venu ; et le seigneur, ne l’avait-on pas vu ? elle était tout de même sa fille. » Puis elle lui donna la clef de sa malle et la pria d’y prendre les portraits de sa mère et de sa grand’mère et de les lui apporter. La vieille Hélène ne voulait pas lui dire que le patron, sûr qu’elle ne reviendrait plus, avait déjà ouvert sa malle, et qu’Adèle se promenait dans sa robe blanche à ceinture mauve, et que cela lui donnait une allure d’acrobate habillée à la vierge.