Puis Angelinette revint encore sur le bonheur d’être seule dans un lit.
— Pas de peau chaude qui vous touche, pas de ronflements, pas d’haleine puante de genièvre qu’on vous souffle au visage ou dans la nuque. Aucune odeur qui traîne et tout l’espace pour soi. Quel délice ! Quel délice !
Et elle écarta les bras et les jambes.
— Tu vois, tu vois, je ne rencontre que le drap frais.
La vieille Hélène se leva bouleversée, la prit dans ses bras et la tint longtemps contre elle.
— Tu me les apporteras, dis, les portraits ? Puis informe-toi du seigneur : je suis tout de même sa fille.
Quand la vieille Hélène revint le dimanche d’après, Angelinette était morte depuis la nuit. La sœur lui remit quelques lettres de matelots, pas ouvertes, trouvées sous son oreiller, et lui dit qu’elle était morte en disant : « Quel délice d’être seule dans un lit ! Quel délice ! »
JE VOULAIS EN FAIRE UN HOMME
Il avait quatre ans quand j’allai le chercher. Il était un hideux enfant de la misère : les jambes arquées, le ventre ballonné, la figure bouffie, le nez et les oreilles coulants, le teint terreux.
Bah ! je le pris tout de même : le sourire autour de la bouche était charmant ; des yeux lumineux qui m’observaient, une voix claire et pleine comme un jeu de clochettes. Le soir, en chemin de fer, il s’endormit et fit caca dans sa culotte : sa première culotte, que je lui avais achetée ; je dus lui donner un bain avant de le coucher.