Au lieu de se réjouir de ce qu’au moins un de ses enfants en est sorti ! Enfin j’envoyai de l’argent. Cependant, j’en avais trop peu depuis que le petit était là : la mère de mon ami ne nous donnait pas un sou de plus ; elle disait même à son fils :
— Tout ira à cet enfant ; c’est lui qu’on aimera et toi, on te supportera.
Encore ça comme souci : cette vilaine vieille, jalouse de l’amour de son fils, va se servir de l’enfant pour éloigner de moi le seul homme que je me crois capable d’aimer dans ce pays, mon unique ami…
Ainsi mon bonheur de sentir cette jeune vie s’épanouir près de moi dans l’aisance était mélangé de la crainte qu’on me le reprît et du souci de l’ombrage que cette affection pourrait jeter sur mon amour.
J’étais allée avec Jantje chez une vieille amie. Là vint une dame française avec un petit garçon de l’âge de Jantje. Les deux enfants se rapprochèrent vivement l’un de l’autre. Le petit Français était foncé comme une gaillette, les cheveux coupés ras, une figure mate et de gros sourcils noirs. Il se planta devant Jantje et dit :
— Je suis Français.
Jantje ne répondit pas, se promena devant lui, la tête levée, avec des yeux qui demandaient : « Et après ? » Puis il dit :
— J’ai travaillé deux heures ce matin pour ajuster des tuyaux de poële.
— Ah ! pas mal, s’écria ma vieille amie.