Nous étions allés à Anvers. André et moi voulions nous enivrer de la lumière de l’Escaut et du souffle du large, et je désirais montrer à Jantje le jardin zoologique. Nous nous rendîmes d’abord au port, où la lumière, les vagues de la marée haute mettaient tout en mouvement sur le fleuve. Le bruit des grues et l’animation des quais nous mirent en mouvement aussi et nous versèrent la joie dans le cœur.

Jantje nous posa mille questions auxquelles nous ne pûmes répondre grand’chose, ignorants que nous étions nous-mêmes des rouages de cette vie intense qui se déroulait devant nous. Nous ne pouvions que jouir de la beauté qui s’en dégageait et qui nous exaltait.

Jantje, avec son impressionnabilité, en prit instinctivement sa part. Du reste le bruit et l’excès de mouvement commençaient à m’abasourdir.

Le plus grand étonnement de Jantje, après le travail des grues mécaniques, fut une petite mulâtresse très foncée, de son âge, conduite à la main par sa maman toute blonde.

— Mais, tante, elle a travaillé dans les tuyaux de poële et sa mère ne l’a pas lavée.

— Non, mon grand, elle est ainsi : on aura beau la mettre au bain et la savonner, elle restera comme tu la vois. Va lui donner la main, tu verras.

Il se pressa contre mes jupes. Pour rien au monde, il n’aurait touché la petite mulâtresse.

Nous allâmes déjeuner, puis au jardin Zoologique. Rien ne lui échappa. Devant la grue du Sénégal :

— Tu vois, tante, elle met sa tête de côté pour mieux voir la fourmi qui marche à ses pieds. Pourquoi ses yeux sont-ils de côté ?

— Je ne sais pas.