Il me regarda, bouche bée.

— Voyons ! tu es pour le moins cinquante fois plus grand que ce petit chat. Si maintenant une bête grande comme la salle à manger te prenait dans ses pattes, te secouait et se couchait sur toi, que deviendrais-tu ?

— Mais, tante, j’étoufferais.

— Eh bien, et que fais-tu ? Palpe-le, il a de petits os comme des arêtes. Pourvu que tu ne lui en aies pas froissé déjà !

— Mais un chat, est-ce comme moi, tante ?

— Mais certainement : si tu le tortures, il crie, souffre et meurt, et ce serait bien dommage, joli comme il est et fait comme en peluche orange ; puis il sent, ne l’oublie pas. Tu sais, tu n’as que quelques facultés plus développées que lui, mais le chien, par exemple, en a de plus développées que toi : son odorat, son ouïe, et certes il est plus fidèle que nous. Et le chat, vois quand il saute, quelle souplesse : tu peux à peine t’élever, en sautant, à deux pieds de terre. Puis ne trouves-tu pas qu’il est plus beau que nous ? Regarde sa fourrure dorée.

— Mais, tante, tu as d’aussi beaux cheveux que lui.

— Tu trouves ?

— Oui, tante, oui, tante.

Et il regarda avec conviction mes cheveux qui étaient justement au soleil.