Ses deux petits poings sont fermés sur la table ; il fait de temps en temps un signe d’assentiment de la tête. Voilà qu’il sourit. Quelle vision suit-il ? Il ne voit plus rien autour de lui, ni le chat, ni les oiseaux, ni les roses qu’il aime tant. Ses rêves éveillés ressembleraient-ils à ses rêves dormis ? Verrait-il sa chambre remplie de fleurs ? Non, il est trop grave. Mais le sourire ? Ah ! que je l’aime, ce petit bloc un peu lourd, à l’âme exquise, à la voix joyeuse, au regard qui voit. Pense, petit homme, pense !


Nous étions allés passer une semaine en Campine.

J’étais assise avec Jantje le long d’un bois de pins. J’étais fatiguée, et Jantje pas en train. Mais voilà que sa figure s’éclaircit et il court vers un garçonnet qui arrivait, poussant une brouette sur laquelle se trouvaient un sac et un petit frère.

Je reconnus deux des enfants d’un cultivateur chez qui nous allions boire du lait ; ils avaient déjà un jour montré leurs lapins à Jantje. Ils étaient sales à frémir, comme c’est l’habitude en Campine, où une dévotion païenne tient lieu de tout : le nez et les oreilles coulants, la tête et le corps envahis de vermine ; mais c’étaient deux exquis petits bonshommes.

— Ah ! Mileke et Léon ! Où allez-vous ?

— Ramasser des « denneknep[1] » pour allumer le feu.

[1] Pommes de pin.

— Tante, puis-je aller avec eux ?

— Oui, nous irons tous ensemble. Mileke, est-ce que Jantje peut pousser la brouette ?