— Tu veux dire que tu le comprends ? Oui, chéri, tu es encore comme lui, mais quand tu seras grand, tu seras autre.
— Pourquoi, tante ? est-ce qu’il n’est pas bon ?
— Oh ! si, très bon, mais tu deviendras autre parce que je te lave et que tu apprendras plus que lui. Mais il faudra toujours aimer les Mileke et les Léon : ce sont tes vrais frères, qui auront besoin de toi.
— Et Pierre, tante, faudra-t-il l’aimer aussi quand je serai grand ?
— Tu ne saurais : du reste il n’aura pas besoin de toi.
— Ah !
Ce « ah ! » voulait dire : « Tant mieux, je l’exècre. » Jan poussa la brouette tout un bout ; ensuite Mileke. Puis je mis Léon sur le sac et poussai le tout jusque chez eux, où la petite femme, leur mère, nous offrit du lait.
Nous étions entrés chez la petite femme pour boire du lait. Mileke s’empara de Jantje et le conduisit dans une étable pour lui montrer les génisses et aussi un petit veau qui leur était né la nuit.
— Tante, il y a trois petites vaches qui commencent à avoir des cornes, et une toute petite qui n’en a pas encore et qui tète les doigts de Mileke. Et Mileke a aussi une boîte avec des bêtes qui font de la soie : connais-tu ça, tante ?