« C’est toujours moi qu’il prenait quand il abordait à terre : il prétendait que j’avais gardé sur moi l’odeur des femmes de notre pays et il se sentait heureux quand, assis à terre, nous buvions du thé dans de petites tasses. Ici, tout l’offusque. En Amérique, nous avons notre quartier, tu comprends… Ce jour-là, le Norvégien prétendait passer avant lui et ne voulait pas me céder… Enfin, Angelinette, donne-moi quelque argent : il est seul dans cette mansarde à jurer toute la journée tous les jurons de notre pays et à me dire que, lorsqu’il sera guéri, il me fera mon affaire parce que je le laisse mourir ainsi.
Et la petite créature ne faisait plus, sur le tabouret d’Angelinette, qu’un paquet de hardes, dont sortaient des sanglots d’enfant.
— Mais, Migemouchi, je n’ai pas d’argent : j’ai acheté des souliers de velours bleu à porter avec ma robe de mousseline.
— Oh ! Angelinette, ma colombe argentée, mon lis parfumé, je n’ai plus que lui, il n’a plus que moi dans ce pays hostile.
— Enfin, tu aimes plus celui-là qu’un autre… C’est curieux… nous qui sommes excédées d’hommes… je ne comprends pas… il n’y a que les malpropres et les infirmes qui me gênent, mais préférer… C’est parce qu’il est de chez toi ?
— Oh non ! Angelinette, c’est parce que c’est lui !
— Mais tu dis qu’il t’engueule et te mécanise de toute façon ?
— C’est vrai, mais il souffre… Ah ! si ce n’était lui, si ce n’était que c’est plus fort que moi ! Alors évidemment… Quand, moi, j’étais malade, il est monté, il m’a regardée, a fait le tour de la chambre, m’a encore regardée, puis il m’a dit : « On m’attend », et il est parti. Alors il est allé près de toi, n’est-ce pas ? C’est parce que tu es mignonne : il exècre ces grandes femmes d’ici. Qu’est-ce qu’il t’a donné comme cadeau ?
— Un beau peigne que j’ai perdu, puis il m’a envoyé des fleurs : c’est bien la première fois que cela m’est arrivé.
— Dans mon pays, on nous entoure de fleurs… n’empêche que, lorsque j’étais guérie, il est revenu auprès de moi.