— Oh ! tu sais bien qu’avec moi il ne courait aucun danger. Si je voulais me coller…
— Je sais ; aussi je t’aime bien… Moi, je le préfère à tous. Il me dit toujours que, moi et la Migemouchi qu’il a de l’autre côté de l’eau, nous lui suffisons ; qu’il changerait plutôt de ligne — entre Frisco et le Japon par exemple — que de se contenter des femmes grossières d’ici. Leurs voix surtout lui déplaisent : toi, tu as la voix douce, Angelinette. Je ne suis à l’aise qu’avec toi… je mourrais plutôt de faim que de leur demander aide, à elles. Angelinette, prête-moi quelque chose…
— Mais, Migemouchi…
— Je suis venue de Marseille ici parce que c’est sur sa nouvelle ligne, mais on ne m’aime pas, je suis la risée ei le jouet de tous.
— Pauv’Migemouchi, là, attends un instant.
Elle revint, portant à la main ses souliers de velours bleu.
— Tiens, porte-les au Mont-de-Piété et rapporte-moi la reconnaissance : tu ne pourras tout de même jamais me rendre l’argent.
Angelinette était assise sur le seuil de sa porte, sa blonde coiffure flambant au soleil, ses fines jambes, dans des bas de toile d’araignée, croisées hors de la jupe qui remontait au-dessus des genoux.
Elle était entourée d’enfants et leur faisait des fleurs de papier. Chaque fois qu’elle en avait achevé une, elle la piquait sur un d’eux, soit dans les cheveux, au-dessus de l’oreille, soit sur la poitrine.