Mileke, généreux, lui passa sa bêche et alla en chercher une autre pour lui-même. J’entrai chez la petite femme et m’assis devant le carreau pour voir leur jeu.

Léon n’aimait pas que Jantje touchât à leur lac. Alors Jantje éleva, en avant de celui-ci, un monticule de terre qu’il battit et comprima de ses petites mains. Il y creusa un passage, de sorte que l’eau coula par cet aqueduc dans le lac des autres. Et ce fut une stupéfaction, une joie. Ils allèrent chercher Maria, la petite femme. Jan m’appela par la fenêtre, et nous dûmes admirer. J’admirai vraiment. Le lac des deux petits était profond, spacieux et d’un joli ovale, et l’aqueduc de Jantje très bien fait et répondant à son but. Mais où a-t-il pris cela, d’où lui est venu ce savoir ?

— Jan, où as-tu appris à faire ce bel ouvrage ?

— Mais, tante, quand la cave, chez ma mère, était pleine d’eau, nous ôtions la pierre de l’égout, et lorsque l’eau était presque toute écoulée, nous faisions une montagne avec le sable qu’il y avait dans un seau, nous y creusions un chemin et balayions, par là, l’eau dans l’égout avec une petite brosse.

Tout d’un coup, je le vis nu sous un gilet de son père, enflé et bleui, assis à terre, le derrière souillé, à même le plancher humide, occupé à ce jeu avec ses frères et ses sœurs. Il était tellement ankylosé qu’il ne pouvait se lever, comme le jour où j’étais allée le chercher là-bas.

Je me sens encore faisant le geste de chasser l’horrible vision.

— Maintenant, Jantje, rentrons, nous sommes bien trempés ; je vais te donner un bain.


J’avais laissé Jantje avec Gretchen. Il aimait beaucoup Gretchen. Elle lui racontait que, chez elle dans le Luxembourg, il faisait clair le soir jusqu’à dix heures et qu’alors les enfants ne devaient pas se coucher avant ; qu’au bas de la montagne il coulait « ein bach » avec des « forellen » qu’on prenait au filet, qu’on faisait frire dans la poêle et mangeait avec des pommes de terre en casaque.

— Là où habite ma mère, à Amsterdam, il y a aussi beaucoup de poisson, mais ce sont des hommes et des femmes qui les vendent dans la rue en criant : Bot, bot, bot !