— Jan, lui dis-je, j’ai à m’occuper dans la maison ; tu surveilleras bien les petits chats pour qu’ils ne s’égarent pas sous les ronces : les épines les piqueraient.
— Qu’il fait chaud, tante ! Est-ce que je ne pourrais rien ôter ?
— Mais si, ôte ta blouse, déchausse-toi, garde seulement ta chemise et ta culotte.
Je rentrai dans la maison. Quand je revins au jardin, Jantje était endormi tout nu, au milieu de la couverture bleue. La grande chatte dormait dans son bras, les cinq petits étaient dispersés sur son corps, qui sur sa poitrine, qui sur son ventre, qui contre ses cuisses. Le soleil donnait sur eux ; la tête de Jantje, seule, était ombragée par une branche de mûrier. Je restai à distance pour ne pas les réveiller et me délectai de cette orgie de bonheur qui était là, étalée devant moi comme un trésor. Ce qui m’émotionnait le plus, c’était la confiance qu’il avait su inspirer à la mère et aux petits, bêtes volontaires et rétives ; mais avec eux, depuis ma semonce, son geste était si adroit et si câlin qu’il réussissait là où souvent j’échouais. Il se réveilla, mais ne me vit pas tout de suite. Il regarda la mère endormie dans son bras, qu’il tâcha de retirer sans l’éveiller ; mais cela n’alla pas, elle se réveilla ; il la souleva au-dessus de lui.
— Tjoutjou, tjoutjou, tu vas faire téter tes fils, car tante dit que ce sont tous des fils.
Il se dégagea, prit tous les chatons, coucha la mère et lui mit les petits au ventre.
En se retournant, il me vit derrière le rosier. D’un bond il fut sur moi.
— Tante ! Tante ! tu n’es pas fâchée que j’aie tout ôté ?
— Non, mon doux, il fait horriblement chaud, mais maintenant il faut remettre quelque chose de tes vêtements.
— Tu le veux ? Je suis si bien ainsi, laisse-moi rester comme ça ?