— Cato, si nous n'avions qu'à dire : «Sésame, ouvre-toi!», je ne te laisserais pas t'abîmer ainsi les yeux, le soir, à cette dentelle.

— Soyons contents que j'aie trouvé ces commandes dans cette petite ville. Puis j'aime mon métier : cette guirlande est tellement jolie ; des feuillages, avec lesquels les enfants jouaient, m'en ont donné l'idée. Mon dessin est très bien venu, et maintenant cela m'amuse.

Et ses doigts mêlaient les fuseaux avec une telle agilité qu'on ne pouvait les suivre.

Dans la chambre était répandue la délicieuse odeur du foie de bœuf au vinaigre, qui mijotait dans un coin de l'âtre, qu'on mangerait tantôt, et dont j'aurais ma part. Mon père allait de temps à autre soulever le couvercle pour goûter et, en léchant bien la cuillère, il disait :

— Cato, ce sera bon.

J'écoutais lire mon père, je humais la bonne odeur, et je me rendormis. Qui dort dîne.

PREMIER EXODE

Mon père, très bon travailleur, avait l'art de se faire prendre en grippe : il montrait trop que la bêtise et la vulgarité lui répugnaient. Il dut donc quitter la petite ville pour chercher de l'ouvrage ailleurs, et se rendit à Amsterdam, d'où il écrivit bientôt à ma mère de venir le rejoindre.

— Vends nos vieilles loques, ajoutait-il, pour faire le voyage, tu trouveras ici ce qu'il faut.

Ma mère savait ce que cela voulait dire : il y avait de tout dans les magasins, mais nous aurions pu coucher entre quatre murs. Mon père s'imaginait toujours que tout allait nous tomber du ciel, et déraisonnait alors complètement. Elle ne tint donc aucun compte de cet enfantillage et obtint du Bureau de bienfaisance notre transfert à Amsterdam.