L'après-midi, on avait fini par me laisser tranquille. Je m'appliquais le mieux que je pouvais, de mes mains endolories qui ne s'habituaient pas à ce liquide corrosif, quand un homme entra.

— On parle au bureau d'une nouvelle, qui doit être un oiseau rare. Où est-elle?

On me montra.

— Ça? Ah non!

Il tourna sur lui-même, en se tapant les cuisses et s'esclaffant :

— Ah! la la! ils en ont du goût, ces messieurs! mais c'est une sauterelle : regardez donc ses bras!!

Le fait est que mes bras de fillette maigre et mes longues mains m'avaient plus d'une fois attiré des quolibets ; aussi les montrais-je le moins possible, mais, ici, il avait bien fallu retrousser mes manches. Je pleurais presque de honte, surtout que la joie de toutes ces femmes, vieilles et jeunes, était réelle.

Cela dura ainsi quatre jours. Le quatrième, au goûter, je ne pus manger mes tartines : elles les avaient trempées dans cette immonde eau vitriolée.

— Je m'en vais, leur dis-je. J'en ai assez : un être humain ne peut pas vivre parmi vous.

Elles demeurèrent quelque peu baba.