La porte s'ouvrit. Kees s'arrêta sur le seuil, n'osant entrer. Je ne le regardai pas.

— N'y a-t-il rien à manger? demandai-je à ma mère.

— Non, je croyais que tu aurais rapporté quelque chose.

Kees entra ; il fit le tour de la chambre, en m'observant. Nos regards se rencontrèrent. Le sien disait :

— Tu vois, j'aurais pu te donner du pain, mais tu es montée sur tes grands chevaux, et voilà!

Ah! ce petit être adorable! il avait cherché à utiliser sa souplesse, son adresse, dont il se prévalait auprès des autres gamins. Ce jeu, où librement on l'avait laissé se développer, il voulait s'en servir pour nous nourrir. Je me pris à sangloter frénétiquement.

— Que vont-ils devenir? Que vont-ils devenir?

— En voilà des histoires! Qu'est-ce que cela peut bien te faire, ce qu'ils deviennent, pourvu que tu t'en tires? Du moment où tu as des livres à lire, tu te moques bien du reste. Si tu aimais tant les enfants, tu ne les cognerais pas, comme tu fais.

Je bondis devant ma mère, en rugissant :

— Mais je veux qu'ils apprennent, qu'ils apprennent! Ne voyez-vous pas qu'ils deviennent des vagabonds? qu'ils finiront en prison? Ne comprenez-vous donc pas où nous allons, maintenant qu'ils grandissent?