— Ah! hideuse femme, vous êtes notre malheur! Écoutez, allez trouver père et partez ensemble : je prendrai soin des enfants. Vous êtes notre entrave : je ne peux rien faire pour eux, à cause de vous. Quand vous serez partie, j'aurai les mains libres et je les élèverai ; allez-vous-en, je vous en supplie.
Elle faisait : «Hun, hun…», avec mépris.
Quelques jours plus tard, Klaasje, ce petit être fin et fragile comme un lézard, dut se rendre à la prison des Petits Carmes. Cette fois, je l'accompagnai. Je croyais pouvoir le recommander, mais le portier me le prit dès la porte, en m'interrompant grossièrement :
— Oui, oui, on connaît ça : la prison n'est peuplée que d'innocents.
Ce fut pour moi une semaine de torture. Je ne décolérais plus contre ma mère, qui ne répondait pas ; mais ses battements de paupières trahissaient son agitation.
Quand Klaasje revint, il nous raconta qu'il avait passé ces huit jours parmi des petits condamnés de toute espèce. Il était hâve comme un petit vagabond ; ses boucles châtaines grouillaient de vermine.
— Viens, je vais te laver.
Je pris mon morceau de savon privé et mon peigne, et commençai le nettoyage par la tête. Il se laissa docilement faire, mais quand je voulus le déshabiller, il se rebiffa, trouvant que c'était trop long.
— Et puis, dit-il, en me regardant d'un air effronté, tu ne connais pas cela, hein?
Il fit le geste de voler un objet et de le glisser en poche.