L’apprenti le reprend, effrayé.

— Oh ! père, le voisin l’a fait rapporter mouillé pour avoir plus vite l’argent, parce qu’il n’a presque plus de commandes.

J’allai chez le tonnelier dire de revenir avec le seau aussitôt qu’il serait sec.

— Père a mal à la tête et l’odeur de couleur le dérange.

C’est moi que l’odeur de couleur dérangeait, mais je voulais excuser mon père.

Porter des petites bouteilles couvertes, au bouchon, d’un papier doré, et des petites boîtes rouges, bleues, pourpres, dans un coquet panier, pour ne pas casser les bouteilles, c’est un joli travail. Quand j’aurai remis les médicaments chez les clients, je devrai garder un peu la petite fille de deux ans. Elle est jolie, la petite fille : heureusement, car les enfants laids, non, je ne peux pas…

Je serai très polie. Après avoir sonné, j’attendrai longtemps avant de sonner une seconde fois, si l’on n’ouvre pas. Quand la servante ouvrira, je dirai : « Vryster[1], avec les compliments du pharmacien, j’apporte une bouteille… ou une boîte… » Oui, ce sera bien : « avec les compliments », et « Vryster » sera bien aussi. J’entends toujours les bouchers dire cela aux servantes, et elles rient : donc c’est bien…

[1] Bonne amie.

Et je serai employée dans une grande maison. Il est vrai que c’est au Zeedyk, mais près du Nieuwe Markt : les « boîtes » sont beaucoup plus loin. Il y a un aide-pharmacien ; je dois l’appeler Monsieur : alors ce n’est pas un domestique, comme les deux servantes. Voyez un peu : deux servantes, et moi, le trottin… Puis il y a huit enfants : six garçons et deux petites filles. L’aîné des garçons a vingt-deux ans et est étudiant, donc tout à fait un Monsieur, et la plus petite fille a deux ans ; l’autre, quatre. Le deuxième grand fils est à l’Ecole militaire : aussi un Monsieur. Encore un autre apprend la pharmacie ; puis trois plus jeunes.

Bette, la cuisinière, nous a raconté tout cela, pendant que mère et moi, nous attendions le retour de « Madame », le jour où je suis allée m’engager. « Madame », parfaitement : c’est une « madame », la femme d’un pharmacien, et non une « mademoiselle », comme la femme de l’épicier d’à côté.