Je dois être là à huit heures du matin. J’aurai soixante « cents » par semaine, une tartine à midi, et j’aurai fini à quatre heures. Huhu ! ce n’est pas si mal pour commencer : j’ai déjà douze ans, c’est vrai…
En m’y rendant, un mouvement à l’intérieur du corps me parcourait depuis les cheveux jusqu’aux orteils et me rendait toute frissonnante. Il me fallut de suite porter une assez grande bouteille tout près, au Kloveniersburgwal, à côté du Trippenhuis.
— C’est pour l’appartement, me dit l’aide-pharmacien.
Je sonnai à la porte qui me semblait être celle de l’appartement.
— Vryster, c’est pour Mlle X…, fis-je.
— C’est à l’autre porte pour l’appartement : ici, c’est la maison.
Et la Vryster me claque la porte au nez.
Je sonne de l’autre côté. D’en haut, l’on tire le cordon. Une dame furibonde me crie :
— Tu as encore sonné à la maison. C’est ainsi chaque fois qu’on vient de chez l’apothicaire. Dis-lui que, si cela arrive encore, je me fournirai ailleurs… Quel besoin ont les voisins de savoir qu’on m’apporte des médicaments ? Dépose la bouteille sur l’escalier et dis bien que je changerai d’apothicaire s’il ne peut m’envoyer des gens capables de distinguer la maison de l’appartement.
Na ! si ç’avait été dans mon quartier, comme je vous l’aurais engueulée, cette vieille tuméfiée… S’il vous faut toujours des médicaments, c’est que vous êtes pourrie…