Na ! m’embrasser, il le pouvait pour rien, parce qu’il avait de beaux cheveux blonds en touffe sur la tête, et une peau propre et rose, et une voix claire, comme tous les enfants riches…

« Joost van den Vondel », lisais-je sur le dos d’un livre.

— Qui est-ce ça ? demandai-je. Est-ce lui qui a fait le Vondelpark ?

— Oh ! non, dit Willem, c’est notre plus grand poète. Ce livre raconte sa vie. Tu peux le lire, ou veux-tu que je te le raconte ?

— Oui, raconte, je ne pourrai quand même pas le lire en entier.

— Eh bien, Joost van den Vondel vivait de 1500 à 1600 : tu vois, il y a trois cents ans. Il était né à Cologne, mais habitait ici dans la Warmoesstraat, où il avait un commerce de bas. Il faisait surtout des vers et des pièces de théâtre en vers : Ghysbrecht van Amstel, Lucifer, Adam en Eva. Son commerce de bas périclitait, mais c’était plus fort que lui, il aimait avant tout écrire des vers.

— Il habitait la Warmoesstraat ? Tu ne sais pas dans quelle maison ? j’irais voir…

— Oh ! elle n’existe certes plus. Amsterdam alors n’était pas comme maintenant. La Kalverstraat et le Nieuwendyk avaient des maisons de bois, goudronnées comme les barques : elles étaient habitées par des bateliers et des pêcheurs, dont les filets séchaient à la porte.

— Allons, voyons, la Kalverstraat, des maisons de bois goudronnées ? C’est la plus belle rue d’Amsterdam. Tu te moques de moi, je ne te crois pas.

— C’est vraiment vrai. Regarde les images. Il n’y a que le Palais du Roi, sur le Dam, qu’on a bâti alors au milieu de tout cela, mais comme hôtel de ville.