Peindre ces Juifs sales, aux yeux malades, comment était-ce possible ? Il les aimait sans doute parce qu’ils étaient pauvres ? Moi, je les aime bien également : ils sont si bons… Il m’aurait peinte aussi peut-être, car je ne suis pas mieux habillée qu’eux… Je vais voir au Trippenhuis. Père doit souvent y conduire des étrangers : il dit aussi que, quand la porte s’ouvre, on aperçoit des tableaux avec des gens habillés comme il y a des siècles.

Je portai vite toutes mes commissions, en gardant, pour la dernière, celle de la dame à côté du Trippenhuis. Puis je montai le grand perron et voulus entrer. Un monsieur, assis sur un tabouret, me retint de la main.

— Que viens-tu faire ici ?

— Je veux voir les tableaux et les images de Rembrandt.

— Toi ? Déguerpis, n’est-ce pas, ou je te « Rembrandterai ». Allons file, et plus vite que ça, ou peux-tu payer plusieurs « dubbeltjes » ?

Il me poussa dehors en grognant : « Où a-t-elle cherché cette idée ? »

De loin, je crachai vers lui et l’appelai « pierre de tonnerre… » Et je dirai à mon père de ne plus vous amener de clients. A-t-on jamais vu ? n’aurait-il pu me laisser passer en tapinois ?

En traversant le Nieuwe Markt, je vis Bette arrêtée devant des paniers de poisson : elle discutait le prix d’une belle alose, que la marchande, le joug en travers du dos, tenait levée d’une main, en ouvrant de l’autre les branchies.

— Il est frais comme du beurre : un florin, vraiment, pas moins… Je dois cependant gagner deux sous, je ne puis travailler tout à fait pour rien.

— Seize sous, je ne donne pas plus.