— Allons, une bête semblable ? dix huit, voyons, c’est donné !
— Seize, pas davantage, fit Bette en s’en allant.
— Allons, venez !
Elle ouvrit le ventre du poisson, fit tomber les boyaux, gratta les écailles, et le taillada à détacher presque les morceaux. L’eau m’en venait à la bouche. Comme ça doit être bon à manger, du poisson rose ainsi ! Bette fit mettre le poisson sur la paille dans un panier plat ; puis on le couvrit encore de paille.
— Voilà, Vryster.
— Bette, vous allez manger ce bon poisson à la maison, demain dimanche ?
— Ho ! là là, non, de l’alose, ce n’est pas pour eux. Non, c’est demain l’anniversaire de ma mère. Toute la famille envoie quelque chose de bon pour un grand repas… Moi, j’envoie cette alose, on ne pourra pas se plaindre. Veux-tu porter ce panier chez ma mère, ici tout près, dans la Jonkerstraat ? Je te donnerai une tasse de café à quatre heures.
En revenant, Bette me versa une tasse de café, que je dus aller boire dans un placard, de crainte que quelqu’un de la maison n’entrât dans la cuisine et ne le vît.
— Tu comprends, tu n’es pas nourrie de la maison…
Le dimanche matin, quand j’arrivai en robe propre, Bette et Line étaient en émoi. Le samedi soir, l’aide-pharmacien et les grands fils sortaient chacun de leur côté et rentraient très tard. Un d’eux avait, en rentrant, vomi affreusement sur le cabinet, mais personne n’avouait. Aucune des servantes ne voulait le nettoyer. Elles ne disaient cependant rien à Madame, mais elles prétendaient me faire nettoyer cette horreur.