Oh ! si j’avais toutes ces jolies filles…
Quand je serai mort, elles m’enterreront ;
Elles me porteront au cimetière ;
Elles écriront sur mon tombeau :
Ici repose le jeune homme
Qui aimait toutes les jolies filles.
Tu entends, Wouter, que je la sais. Mais nous disons « enfiler à un fil », et non « mettre en tonneau » mais « saler dans un tonneau ». A cela près, c’est la même chose.
Eh bien, Wouter, vois comme c’est agréable. Nous connaissons les mêmes chansons, nous ne sommes pas des étrangers. Mina dit que je suis comme les vieilles femmes, parce que je demande à mère de m’ouvrir le tiroir où sont les bonnets de quand nous étions petits et parce que j’aime tout d’il y a longtemps… Le bonnet à floches que tu avais sur la tête quand tu étais convalescent, mes petits frères le portent aussi : un « bakkertje » ; n’est-ce pas amusant, ça ? c’est comme si l’on s’était toujours connu… Et maintenant je chanterai souvent : « Jolies filles, jolies fleurs… » parce que tu l’as entendu chanter souvent aussi.
C’est comme voyager, Wouter. Oui, je voudrais voyager comme dans les livres, mais je voudrais revenir, chaque fois revenir… J’ai été une fois pendant trois jours à Haarlem, chez une tante : quand je suis rentrée, je suis allée me promener par toute la ville, pour voir si tout était encore en place ; j’étais contente, contente, mais je pleurais presque… Je te dis ça à toi : à la maison ou ici, j’en attraperais des « créature enfantine » ou des « sotte fille »…
Quand je lis des voyages, je ne lis jamais qu’il y a des canaux dans les villes… Alors, qu’est-ce qu’il y a à la place de l’eau ? Ce sont donc tout rues, et on n’a pas de barques qu’on fait avancer en poussant la gaffe ? Et pas de marché sur l’eau ? Et en hiver, quand il gèle, où va-t-on patiner et faire des glissades ? Et où sont les échoppes où l’on peut se réchauffer et boire du lait de sauge chaud, quand on a de l’argent ? Ça ne doit pas être gai comme ici… Non, il faut revenir…