— Keetje, veux-tu porter une lettre pour moi au Zeedyk, chez le pharmacien, près du Nieuwe Markt ? C’est pour l’aide-pharmacien, un petit pâle…

J’eus un choc. Chez le pharmacien du Zeedyk… Si c’était le même aide ?… Je ne puis cependant refuser…

— Je veux bien. Que faut-il dire ?

— Rien. Tu remettras la lettre et tu diras, avec mes compliments, qu’il doit te donner cinq cents.

— Je déposerai la lettre dans la caisse aux chapeaux, car ma poche est toute petite.

— Non, pas dans la caisse : la patronne pourrait la voir et le dirait à ma mère. Tiens, mets-la sur ta poitrine.

Elle glissa elle-même la lettre entre mon corsage et ma chemise.

— Là ! ne la perds pas. Et ne la donne qu’à lui-même, et ne dis rien à personne. Ma mère ne veut pas que je fréquente ce garçon, parce qu’il est catholique et qu’il est un monsieur. Il ne m’épousera jamais, dit-elle. Je dois prendre un mari calviniste, ou elle me renie : alors que veux-tu que je fasse ? Je dois bien me livrer à des cachotteries. Kee, tu es presque grande, tu dois comprendre, ne me vends pas. Lui verra tout de suite, à la caisse, que tu viens d’ici et de ma part. Sois rusée, tu sais : ne la donne pas au gros monsieur, c’est le patron.

— Non, mademoiselle, je connais ça, la commission sera bien faite, et personne n’en saura rien.

En bas, j’emballai les chapeaux. J’y ajoutai les quittances et, sous le papier du fond, le petit sac pour l’argent, et je me mis en marche. J’allai d’abord au Zeedyk pour la lettre. Comment la remettre ? Je ne puis entrer. Je vais en tout cas la prendre en main… Je l’ôtai de mon corsage… Mon Dieu ! si Willem allait sortir…