La porte du magasin avait une grande vitre. L’aide — ce n’était pas le même — était occupé à servir un client. Quand celui-ci fut parti, je me mis sur le perron, devant la porte, à lire des noms de pilules affichés sur la vitre : « Pilules Holloway ! Pilules Holloway ! » lisais-je à haute voix. Le jeune homme aperçut la caisse avec le nom de la maison ; il me regarda fixement. « Pilules Holloway, pilules Holloway » criais-je, en suivant du doigt sur la vitre, où je laissais des traces… Bette va rager, elle pourra laver les carreaux… Pourquoi ne vient-il pas me chasser ? Je pourrais lui passer la lettre… « Pilules Holloway, pilules Holloway ! »
Les rideaux de la chambre intérieure s’écartèrent et mon ancien patron fit signe de me chasser. Le jeune homme ouvrit la porte ; je lui fourrai ma lettre dans la main. Il devint tout rouge, la froissa complètement en l’enfermant dans ses doigts. Je partis… Oh, mais mes cinq cents ? Elle a dit que je puis les demander, avec ses compliments… Je retournai et, cachée de côté de façon qu’on ne pût me voir de la chambre intérieure, je lui fis de mes cinq doigts le signe de cinq, puis ajoutai le geste de compter de l’argent. Je le vis fouiller dans sa poche. Alors je m’approchai de nouveau et me remis à lire « Holloway, Holloway », en faisant des doigts sur la glace… Bette sera furibonde… Le jeune homme n’attendit pas les ordres du patron : il sauta sur la porte comme pour me chasser et laissa tomber une piécette en argent de cinq cents.
— Avec ses compliments, murmurai-je.
Puis, à haute voix :
— Peuh ! quel embarras ! ne puis-je pas lire ?
Je fis glisser du pied la piécette hors de la vue du patron, et la ramassai.
Je continuai à porter les chapeaux et reçus encore vingt cents de pourboire chez quatre clients… Bonne journée, cela me fait un kwaartje.
En rentrant, la seconde me regarda anxieusement.
— C’est fait, fis-je, d’un battement de paupières.
— Kééééé ! Kééééé !