Je remis vite le livre sur le rayon et descendis tout agitée.
— Que fais-tu donc toujours si longtemps là-haut, sotte fille ? Vite, ce sont des poires qu’il veut aujourd’hui, pèle-les.
— Comment ne se fatigue-t-il pas de manger tous les jours des pommes ou des poires ? fis-je.
— Il ne s’en fatigue pas plus que toi de manger les pelures. Puis, si tu crois que c’est pour son plaisir. Non, petite cruche, s’il n’en mange pas tous les jours, il ne va pas, voilà ! Dépêche-toi, les poires doivent cuire plus longtemps que les pommes.
Elle alla chez le boucher. Je m’assis près du fourneau. En pelant les poires, ce que je venais de lire me revint à la mémoire.
Cette sale demoiselle Laps ! Venir ainsi, sous un faux prétexte, chercher Wouter, et cela tard dans la soirée ; puis lui faire manger des pommes de terre rissolées et boire du Focking ! Je connais le nom de cette maison : il y en a une au Nieuwendyk, je crois…
Et se mettre contre toi… et vouloir que tu ôtes ton habit, puis t’appeler son propre Wouter, et t’embrasser : quel torchon !… Sais-tu ce qu’elle voulait ? Elle voulait faire des saletés avec toi… Oh Wouter, pourquoi n’es-tu pas parti ? Moi, quand les garçons m’attrapent et vont sous mes jupes, ils ne sont pas encore à mes genoux que je sens un choc par tout le corps, et alors je crie, je me débats jusqu’à ce qu’ils me lâchent. Voilà comment tu aurais dû agir ! Mais peut-être n’as-tu pas senti ce choc… Ce choc, il me rend toute tremblante ; je voudrais l’avoir souvent, mais il me fait me débattre comme si le feu était sous mes jupes… Toi, Wouter, qu’as-tu fait ? Oui, je ne sais pas très bien, mais tu aurais dû crier et te débattre.
Une fois, un garçon me tenait si fort qu’il est arrivé entre mes jambes. Il m’a lâchée tout de suite, en disant : « Tu n’as pas de poils. » Je te demande un peu : qu’est-ce qu’il voulait, cet imbécile ?… J’ai demandé à Rika. Ah ! cette Rika, quelle malpropre ! Elle m’a regardée, tout ébahie : « Quoi, tu ne sais pas ? » Nous étions au Plantagie. Elle s’est accroupie derrière un arbre ; elle m’a dit : « Regarde. » Alors j’ai regardé… Je me suis encourue. Elle m’a rattrapée… Je lui ai dit qu’elle était sans doute une sale fille pour être arrangée ainsi. Elle a ri, en disant que dans un an j’en aurais autant… Ah bien non, je ne veux pas, je ne veux pas ! Elle m’a traitée de bébé à la mamelle : « Tu joues sans doute encore à la poupée… » La poupée, Wouter… oui, comme Omicron, dont la poupée s’appelle Orion, le dimanche, au grenier, quand Mina ne me voit pas. Je les ai toujours tant aimées, mes poupées : pourquoi tout d’un coup, parce que j’apprends les modes, ne les regarderais-je plus ? Le dimanche, seule, je les habille et les déshabille encore ; mais je ne voulais pas dire cela à Rika.
— Tu sais, fit-elle, aucun homme ne voudra jamais de toi, excepté les vieux, si tu restes rase : du reste, que tu le veuilles ou non, cela poussera…
Eh bien non, cela ne sera pas. Elles sont toutes ignobles… Corry qui dit que je dois perdre du sang tous les mois… J’ai trouvé Mina au grenier, qui faisait danser dans ses mains de tout petits tétons qui lui sont poussés : sa figure rayonnait comme si elle avait ouvert sa tirelire.