Qu’est-ce qu’elle peut faire de cela ? Je comprends mère, qui doit allaiter continuellement des enfants… Le lait… mon Dieu, d’où vient-il ?… Ah, je ne veux pas de tout ça : je veux rester lisse et propre comme je suis… Pouah ! Wouter, je voudrais n’avoir que ma tête sur un bloc de bois…

Quand tu as vu Femke dans ce cabaret, elle t’a appelé… frère. Ça, c’est bien, elle est comme il faut, mais cette Laps !… Et tu n’étais même pas fâché… Wouter, je suis Femke, ne va plus chez Mlle Laps ! Oh que je voudrais que tu n’ailles plus chez cette charogne ! J’ai, comme toi, des hauts-le-cœur de son vilain gros corps, et elle est aussi vieille que ta mère : alors crie et débats-toi…

Tu ne peux rien dire chez toi. Jamais je ne parle de tout cela, ni à ma mère, ni à mon père… Tu peux compter que, moi, je me débattrai encore plus, maintenant que je suis Femke, ta propre Femke… Keetje ou Femke… Alors, toi, tu ne dois plus penser à Fancy, ni à la princesse Erika, ni à Zietske Holsma… seulement à Femke, comme moi, je ne penserai qu’à toi, Wouter.

J’étais réconfortée : il me semblait que Wouter n’irait plus chez cette hypocrite de Laps, après sa conversation avec le docteur Holsma — encore un nom qui ressemble au mien… J’aurais voulu remonter lire la suite, mais l’étudiant était maintenant dans son appartement et il me fallait attendre le lendemain.

Corry entra.

— Mettons vite les poires sur le feu… Mon Dieu, on n’arrive pas à quitter ce boucher une fois qu’on y est. Allons, sotte fille, tu as encore le feu aux joues d’avoir mangé toutes ces pelures ; ce n’est pas toi qui dois ne pas aller… Dis donc à ta mère de te donner un bain de pieds : il est temps qu’elles te viennent… Monte maintenant et ne raconte pas que je viens seulement de rentrer. Je leur ferai croire que ce sont des poires dures, qu’il n’y a pas moyen d’avoir cuites…

J’allai, avec la première, au Canal des Empereurs faire choisir des chapeaux. C’était une jeune dame brune et pâle qui devait choisir. Elle portait une robe beige, très étroite de jupe, avec une tunique relevée en pouff, le corsage court à petites basques. Elle prit un chapeau de paille, couleur naturelle, garni de velours noir et de roses roses. Elle le tourna dans tous les sens, s’en coiffa et, en se mirant, le croqua.

— Ça vaut mieux, fit-elle, donnez-moi des ciseaux.

Et elle enleva les roses.

— Voilà ce qu’il faut : ces roses le rendent vulgaire. Vous me mettrez à la place deux choux de velours noir. Vous voyez…