Et se tournant vers la première :
— C’est beaucoup mieux : c’est ainsi que je le veux.
J’étais étonnée : en effet la dame, sans les roses, était plus fraîche et plus distinguée. Elle essaya un autre chapeau sur le devant de sa haute coiffure.
— Il faudra me faire cette forme-là en gaze brune coulissée, avec des nœuds noués en beau satin du même ton. Voilà, tâchez que je les aie pour après-demain au plus tard.
Et elle sortit de la chambre. Une demoiselle, qui avait donné les ciseaux et qui portait un petit bonnet de tulle blanc avec une rose piquée de côté, et un petit tablier à bavette tout en broderie, nous fit sortir.
La première était vexée. La dame ne lui avait pas laissé dire un mot, avait simplement commandé et était partie.
— Peuh ! pas de roses, pas de plume ni de boucle, simplement des rubans ! Sais-tu, Keetje, ce que c’est ? Elle n’a pas le sou : quelqu’un qui a des sous ne prend pas des chapeaux si simples. Elle a beau être comtesse, elle ne doit pas avoir le sou. C’était bien la peine de me déranger moi-même, tu aurais parfaitement pu faire la commission. Tiens, je vais par ici ; toi, tu dois prendre par là.
L’air décidé et sûr de soi de la dame m’avait impressionnée. Puis une comtesse… elle pourrait bien avoir raison. Je veux voir…
J’entrai dans un couloir de magasin, où je savais que la porte du fond avait une glace, et j’essayai tous les chapeaux : d’abord un avec des fleurs, puis celui sans fleurs, puis un avec une plume, puis encore celui avec des nœuds ; et je vis que les chapeaux les plus simples étaient les plus seyants.
Au milieu de mes expériences, la porte-glace s’ouvrit : un vieux monsieur et une dame sortirent. Ils s’arrêtèrent, interdits ; moi aussi, avec un chapeau sur ma tête ; alors, en pouffant, ils partirent.